La loi du 30 Février

Publié le par Raymond Lévy

Dans une salle d'audience, un tribunal va appliquer diverses innovations en matière pénale.

Le procureur : Aujourd'hui 1er avril, entre en application la loi promulguée le 30 février dernier.

Affaire Dupont !

Le président : Monsieur Dupont, il ous est reproché d'avoir frappé Albertine Durand, avec la circonstance aggravante qu'elle était votre concubine.

Robert Dupont : C'est vrai, mais c'est elle qui a commencé !

Albertine Durand : C'est une brute! Il me frappe quand il a bu! Et je lui donne souvent à boire.....Je ne veux plus rester avec lui.

Le procureur: Je requiers l'application des nouvelles mesures prévues par la loi du 30 février.

L'avocat: Je suis d'accord, la loi nous offre une solution définitive pour éviter la récidive.

Le président: Robert Dupont, le tribunal vous déclare coupable et ordonne la confiscation de votre concubine.

Albertine Durand: Je suis confisquée au profit de qui, monsieur le président?

Le président: Ah ça, la loi ne l'a pas précisé. Le décret d'application n'est pas sorti.

Robert Dupont: Je peux faire une demande de restitution?

Le président: Non, monsieur, la confiscation est une peine!

Affaire Cocu.

Le président: Monsieur Cocu, on vous reproche d'avoir frappé Albertine Durand, votre épouse....Tiens!

Cocu : Oui, elle m'a quitté pour aller vivre avec Robert Dupont, qui vient d'être jugé...Je l'ai rencontrée devant le domicile de Dupont, je lui ai filé une paire de gifles....

Le président: Juste au moment où passait une patrouille de police !

Albertine Durand: Ces hommes, tous des brutes! Je ne veux plus rester avec lui.

Le procureur: Appliquons les nouvelles mesures !

Le président : Monsieur Cocu, le tribunal vous déclare coupable de violences sur votre épouse, et prononce le divorce entre vous à titre de peine principale, avec exécution provisoire.

Affaire Marteau.

Le président: Isidore Marteau, il vous est reproché d'avoir, le 3 mars, agressé Jacques Lafaucille en lui donnant un coup de tête, occasionnant un e fracture du nez.

Isidore Marteau: Je lui avais demandé une cigarette, il a refusé, sous prétexte qu'il ne fume pas. C'est pas une raison pour refuser une cigarette, ça!

Le procureur: Les raisons de l'agression sont fumeuses! Vous reconnaissez les faits?

Isidore Marteau: Ben oui! Maintenant , je le regrette! J'ai pas réfléchi, j'ai agi sur un coup de tête.

Le procureur: Votre tête, c'est l'arme du délit, j'en requiers la confiscation !

L'avocat: Monsieur le Président, mon client n'est pas très futé. La contrariété lui a fait perdre la tête, il n'y a donc plus besoin de la lui confisquer. Je n'insisterai pas sur les difficultés d'application pratiques d'une telle mesure. Les décrets d'application ne sont pas sortis.

Le président : Oui, il y a une difficulté. L'affaire est mise en délibéré.

Affaire Miloud.

Le président: Monsieur Miloud, on vous reproche d'avoir, dans la nuit du 30 au 31 mars, tenté de voler un autoradio dans une voiture. Vous contestez. Vous auriez été vu par un témoin, Jérôme Bigleux, depuis sa fenêtre.

Miloud: C'est pas possible, je faisais rien que passer, comment le témoin il a pu me voir, il faisait nuit!

Le président: Il dit qu'il vous a vu près de la voiture de sons voisin, que vous vous êtes penché...

Miloud: Ben oui, le lacet d'un de mes baskets s'était dénoué...

Le président: L'endroit était mal éclairé.

Le procureur: La nuit, il ne faut pas s'arrêter près d'une voiture, c'est suspect. D'ailleurs, le jour, c'est suspect aussi.

L'avocat: Il n'y a pas de preuve. Les policiers n'ont rien constaté, le témoin était loin, à sa fenêtre, dans une rue mal éclairée. Je vous demande de reconnaître l'innocence de mon client.

Le président: Il y a matière à appliquer l'une des dispositions les plus novatrices de la loi du 30 février. Vous n'avez jamais été condamné, vous n'aviez aucune raison de commettre un vol, le dossier comprend un petit élément pour l'accusation, un témoignage obscur...Donc le tribunal prononce une relaxe avec sursis: si vous ne faites aucun délit pendant l'année qui vient, la relaxe sera acquise, mais si vous commettez un autre vol, on se dira que vous étiez bien capable d'avoir commis celui-ci, et on vous rejugera !

Affaire Levif.

L'avocat: Mon client ne peut pas se présenter, il est mort hier. Voici son certificat de décès.

Le procureur: Il s'en tire bien, le dossier était accablant !

Le président : Le tribunal constate l'extinction de l'action publique.

Affaire Lefrileux:

L'avocat: Mon client devait rester en prison jusqu'en juin, mais on a réduit sa peine, il ne sait pas où aller, il fait encore froid, il a gelé hier. Il voudrait rester.....

Le procureur: Impossible!

Gilbert Lefrileux: A bas le procureur! A bas le tribunal !

Le procureur: C'est un outrage, jugeons le, ça résoudra son problème.

L'avocat: Par indulgence spéciale du tribunal, je demande un e peine ferme ! Qu'il puisse rester au chaud.

Le président: Huit jours ferme !

Gilbert Lefrileux: Vive le tribunal !

Le procureur : C'était le dernier dossier. Vous avez des nouvelles du nouveau projet de loi?

Le président : Un député a proposé pour les affaires les plus graves, la peine de avec exécution provisoire. Un autre a déposé un amendement pour permettre la non-inscription de cette peine au casier judiciaire, afin de n e pas compromettre l'avenir du condamné...La discussion de cet amendement a gagné le temps de raisonner le premier député, qui a retiré sa proposition. Ses collègues disent qu'il a besoin de repos, qu'il es temps que la session du Parlement s'arrête.

Le procureur: Je vous laisse, je vais mettre à jour mes statistiques.

Aussi hilarantes qu'elles soient, certaines de ces affaires reposent sur des faits ou propos réels.

Publié dans Humour

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