Recyclage exigé !

Publié le par Raymond Lévy

Le traitement de l'information apporte quelques curiosités : tandis que le Huffington Post n'a pas rafraîchi sa Une et s'interroge doctement: "DSK peut-il être relaxé?", sur SFR le président du Club DSK (dissous) affirme péremptoirement: "Il faut que DSK revienne en politique!"

On ne refait pas l'histoire, fût-elle navrante pour ses acteurs. Dominique Strauss-Kahn aurait-il fait un meilleur président de la République que François Hollande? Dieu seul le sait, mais il ne nous le dit pas. Qui avait le plus intérêt à mettre DSK, K.O. ? Beaucoup de monde, à droite et à gauche. En matière financière et économique, DSK -puisque tout le monde l'appelle comme ça, c'est la mode des initiales - était sûrement mieux préparé. En matière de moeurs ou de frasques conjugales, de Sarkozy à Hollande, nos dirigeants ont-ils toujours eu un comportement modèle? Match nul, balle au centre ?

Ce qui m'accroche aujourd'hui, ce n'est pas le sort personnel de monsieur Dominique Strauss-Kahn : tout a été ou sera dit sur ce sujet. C'est le ton sur lequel la personne interrogée s'exprime, révélateur d'une manière de penser de la classe politique et journalistique (c'est la même). Propos choisis :

"La France a-t-elle encore besoin de DSK? - Oui. Nous souhaitons qu'il revienne en politique....ce serait bien qu'il revienne aux affaires". ....."Il aurait sa place dans l'exécutif actuel...."

Apparemment, personne n'a pensé à demander son avis au principal intéressé (qu'on pourrait peut-être laisser souffler un peu !) ni aux Français. Sa relaxe n'est pas définitive (les délais d'appel ne sont pas expirés, mais au vu des réquisitions, on peut penser qu'il n'y aura pas d'appel du ministère public). Tout cela est agaçant, mais pas grave. Ce qui l'est davantage, c'est ce que ce ton révèle. Nous avons droit à ce style de commentaire chaque fois qu'il arrive malheur à un homme ou une femme politique : battue(e) à une élection après x.mandats, accidenté, condamné, ou non investi(e) par son parti, viré(e) lors d'un remaniement, on nous dit qu'il (elle) n'a pas mérité cela.

Il ne faut pas le (la) laisser dans une situation de réduction de ses ressources. Il faut recaser, et on recase avec une mission, un poste rémunéré, un retour à un ministère....On recycle !!!

Ce qui me paraît grave, au delà des sorts individuels, c'est que les intéressés ou les commentateurs expriment le sentiment inacceptable que, dès lors que quelqu'un a fait l'ENA ou exercé un emploi, on lui DOIT un poste. La classe politique s'estime propriétaire de la République, qui est là pour assurer à ses membres (dont beaucoup n'ont jamais exercé de véritable profession) des postes nombreux et rémunérés, et des avantages à vie. En quoi, par exemple, les anciens présidents de la République justifient-ils qu'on leur assure une dizaine de collaborateurs? Pour collaborer à quoi, puisqu'ils n'exercent plus de fonctions?

C'est ce sentiment ruineux qu'il faut détruire. Je l'affirme fortement : Non, nous n'avons aucun devoir de recaser les politiques ! Les lois et la constitution fixent des durées à leurs mandats. Que les politiques se mettent dans la tête qu'ils sont des consommables ! Nulle contrainte écologique n'impose leur recyclage. La France meurt du défaut de renouvellement et des rentes de sa classe politique.

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article