Revenus....de tout !

Publié le

J'ai appris, quand nous avions encore un enseignement, que les citoyens avaient trois devoirs civiques:

-contribuer aux charges publiques,

-servir les armées de la République pour défendre la Nation,

-participer aux élections et consultations populaires, source de la légitimité républicaine.

Le gouvernement supprime la tranche la plus basse des impôts. Quelques dizaines d'euros de gagnés pour tous? L'omniscient Internet nous apprend aussitôt que, pour compenser cet effet, le seuil d'ouverture de la tranche suivante est abaissé.

Nos technocrates idéologues voudraient tout moduler en fonction des revenus. Leur idéal serait de prohiber les revenus ne provenant pas d'allocations ou de subventions qui mettent les citoyens dans leur dépendance.

Dans les théories libérales, le moteur de l'économie et du progrès, c'est la volonté de chacun d'améliorer sa situation, ce qui pousse à travailler, entreprendre, prendre des initiatives, se qualifier. Mais en France, on travaille plus pour gagner moins ! Par le principe dogmatique de la progressivité, les prélèvements confisquent les gains. Des acteurs économiques qui, à grand peine, ont augmenté dans l'année leur chiffre d'affaires sont sanctionnés par un cumul de charges fiscales et sociales : un gain de 500 euros leur occasionne parfois une perte de 800...Après, ils changent ! Tout indexer sur les revenus fait qu'avoir des revenus n'est plus un but raisonnable. Le but devient de stabiliser ou diminuer ses revenus. Ainsi des médecins s'associent dans des maisons médicales pour pouvoir prendre des congés en famille avant d'atteindre le seuil d'intolérance. La guerre aux revenus s'aggrave avec la modulation des allocations familiales. La majoration des impôts locaux fait que, pour un logement identique, les Français ne sont pas égaux devant l'impôt.

Que chacun doive payer un impôt direct au moins symbolique, pour avoir la conscience civique de participer aux charges publiques, paraissait un principe admissible. Qu'en reste-t-il, quand moins de la moitié des résidents supportent la charge de l'impôt direct, l'autre moitié en étant exemptée, et qu'une moitié de cette moitié paye à elle seule la presque totalité de la somme globale? Les inégalités devant les charges publiques détruisent le sentiment de la légitimité de l'impôt.

Le ressenti des Français a été exactement le même, concernant le service militaire, devenu service national. Les causes d'exemption ou de dispense, hors incapacités, se sont développées. Les interventions se sont tellement multipliées qu'on les a régulées, en créant dans chaque département une commission des dispenses du service national (j'ai été "appelé" à y participer), exemptant les jeunes pères de famille, les créateurs d'entreprise, etc, selon son appréciation collégiale. On officialisait l'influence des conseillers généraux. Nous avions des niches d'exemption, comme nous avons aujourd'hui des niches fiscales. Le service national a été supprimé parce que son application trop inégalitaire corrompait "les relations Armée-Nation".

L'impôt direct trop inégalitaire corrompt l'économie: il pousse à la fuite devant l'augmentation des revenus et des efforts nécessaires. N'étant plus accepté par ceux qui le supportent, il perd sa légitimité dans l'esprit public, pour la même raisons qui a fait perdre la sienne au service militaire : la dénaturation des postulats de départ. Que sa suppression soit raisonnable ou non, l'essentiel est dans la dégradation des esprits. Prendre sa part des charges et décisions publiques ne constitue plus un système de valeurs d'adhésion générale. On n'y remédiera qu'en luttant contre les désillusions et la résignation des citoyens, qui ont délégué les affaires publiques à une caste de mandarins qui n'ont pas d'idées, mais seulement des recettes dont nous constatons tous les jours l'inefficacité. Le système est usé. Avec des rustines ou des masques, il continuera à tourner pour lui-même au seul profit de ceux qui y ont fait leurs niches. Comment redonner aux Français envie de ne plus abandonner leur sort à une classe politique professionnelle? Ils n'ont plus de revenus, mais ils sont "revenus" de tout ce qui a été fait à ce jour.

Raymond Lévy

Commenter cet article