Sous le drapeau bleu (11) L'Inorganisation des Nations Unies

Publié le par Raymond Lévy

Maison incendiée à Prizren
Maison incendiée à Prizren

GJILAN, 15 septembre 2001, soir :

Je suis allé plusieurs fois à la Cour de District de Peja, ou Pec, ces derniers temps, et j'y retourne lundi et mercredi, pour des procès assez longs (huit accusés dans le procès Oroshi, une victime découpée en morceaux. J'ai repris l'hélicoptère, avec un temps assez brouillé. le pilote a volé assez bas, pour nous montrer l'importance des destructions dans certains villages, pendant "la guerre" et les événements de 1999. C'est assez impressionnant. Certaines maisons détruites sont dans des endroits assez isolés, il fallait vraiment avoir envie de faire le mal pour s'y rendre. Ailleurs, ce sont des villages entiers....

Si vous avez un terrain encombré de papiers gras et autres déchets de petit volume, et pas le courage d'enlever vous-même ce que les sales et malveillants ont pu y laisser, faites y atterrir un hélicoptère : le souffle du rotor renverra chez les voisins ce qu'ils ont abandonné chez vous ! Un conseil pratique : au moment de l'atterrissage, tournez le dos, pour n e pas recevoir un tas de poussière dans les yeux.

J'ai analysé l'organisation (si l'on peut dire) au Department of Judicial Affairs (DJA), Département des Affaires Judiciaires = Ministère de la Justice, au Kosovo. Un certain nombre de "legal officers" sont en charge, chacun, d'un secteur, et chacun essaie de placer ses dossiers et de les "vendre" aux juges internationaux de son secteur et des autres secteurs pour composer les "panels". Après, ils sont tout étonnés quand un de leurs juges se révèle indisponible et trop chargé en dossiers. Vos procureurs de même vous consultent pour savoir si vous avez un créneau, et vous parlent de leurs dossiers, pour lesquels ils souhaitent vous faire siéger, et c'est assez normal, parce que vous êtes le juge de leur Cour. Malheureusement c'est parfois impossible. Il manque une personne qualifiée pour arbitrer et coordonner.

Le vrai problème est que nous ne sommes pas assez nombreux comme juges internationaux, en cette période de fin de congés, si bien que nous sommes trop demandés, et que tout le monde cherche des trous dans nos agendas pour y mettre des dossiers, au risque de nous faire siéger tous les jours sans nous laisser le temps de voir nos dossiers et de rédiger nos décisions. Je commence maintenant à répondre aux solliciteurs que je serai disposé à prendre leurs dossiers le trente février.... Mais bon, grosso modo, ça marche quand même parce que les gens ont bon esprit et sont très cordiaux.

Quant aux événements récents (attentats du 11 septembre, que nous appris par internet), ils me font penser que nous pouvons être très utiles près des foyers d'agitation possibles.

Publié dans Justice

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