Sous le drapeau bleu (14) Explosifs et élections libres

Publié le par Raymond Lévy

Carte de visite de juge international
Carte de visite de juge international

GJILAN, 19 novembre 2001 :

En plus des collègues magistrats francophones de la liste JUGENET, j'ai élargi mes envois à divers amis.

J'ai eu un mois de novembre 2001, jusqu'à, présent, assez chargé en auditions, puisque je me trouvais seul juge à la Cour de District de Gjilan,du moins seul juge international, n'oublions pas les collègues locaux. C'est comme si, en France, je me trouvais simultanément juge d'instruction de permanence et président de la cour d'assises, vous imaginez comme c'est facile ! La situation vient de changer avec l'arrivée de Tim, de Leeds (Grande-Bretagne) que j'initie aux ressources de la vie kosovare. Nous avons même utilisé un restaurant dont la spécialité est la fondue (savoyarde et bourguignonne) en face du TMK. Le TMK, c'est un corps paramilitaire, qui remplit le rôle de la Protection Civile en France. On l'a créé pour utiliser les ardeurs des anciens combattants de l'UCK (Mouvement de libération du Kosovo) et les stabiliser. Il vaut mieux avoir les gens dans un cadre qu'au dehors.

Chose particulière, Tim est en Grande-Bretagne avocat et juge à temps partiel, cocktail dont nous n'avons pas l'équivalent en France en 2001.

(Note: depuis, nous avons eu cette formule sous le nom de "juges de proximité" - dits juges de prox - avec des résultats mitigés. J'ai présidé à Amiens une chambre chargée des appels des décisions des tribunaux de police et des juridictions de proximité.)

Je l'ai eu dès son arrivée comme assesseur, avec un juge kosovar, dans un procès que je préside concernant un nommé Virtuti Miftari, qui a selon l'accusation, ce qu'il nie, déposé deux mines antichars avec un peu de TNT, au diable l'avarice!, des fils et un réveil, dans un immeuble de la rue de la Poste (je transpose le nom de cette rue, que j'ignore, on la situe par son bâtiment le plus notable, encore que la mosquée soit dans la même rue). L'engin meurtrier a été désamorcé cinq secondes avant d'exploser, il aurait fait un massacre. L'intérêt du procès, c'est qu'il repose entièrement sur la découverte d'une belle empreinte digitale de l'accusé sur le côté adhésif du ruban qui entourait l'engin explosif (indice qui aurait disparu si l'engin avait explosé).

Pour me changer les idées, j'ai eu quelques opportunités de rencontre et de sortie.

Le 9 novembre, réception à Pristina par les conseillers juridiques de la KFOR.

Le 10 novembre, un samedi, réunion de travail au Département de la Justice, qui vient de prendre ce nom - autrefois, Département des Affaires Judiciaires.

Le 11 novembre, retour à Pristina pour la cérémonie commémorative de l'armistice dans un état-major français, le REPFRANCE (Représentation Militaire de la France), occasion de nombreux contacts avec des compatriotes, suivi pour moi et mon collègue Eric Minnegheer, co-directeur de la future école de la magistrature locale, de la découverte d'un centre de la Gendarmerie expérimentant de nouvelles méthodes d'exploitation du renseignement criminel. Comme je suis en dehors du territoire national, cet état-major va gérer mon dossier d'officier de réserve et j'en porterai l'insigne lorsque je revêtirai la tenue militaire.

Mercredi dernier, réception par le représentant diplomatique de la France au Kosovo.

Ce week-end, grand calme : l'UNMIK a édicté par précaution des restrictions de circulation et pris des mesures de sécurité pour les premières élections libres au Kosovo. Le parlement ainsi élu désignera un président du Kosovo, qui partagera le pouvoir avec le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, M.Haekkerup, et un gouvernement. Les élections se sont passées, au moins à Gjilan dans un calme qui a dépassé les précisions les plus optimistes, malgré une importante participation. Les élections ont eu lieu samedi et le dépouillement principalement dimanche, proclamation officielle sans doute aujourd'hui, mais on connaît les grandes lignes. En gros, c'est une victoire du LDK, le parti du docteur Rugova. Hier soir, j'ai croisé une manifestation d'environ deux-cent-cinquante personnes, qui ciraient son nom, vers 22 H 30. C'était calme et ordonné, assez bon enfant. On a eu quelques petits concerts de klaxon, mais moins que chez nous pour un match de football, malgré le caractère historique et très attendu de l'événement.

Aujourd'hui, j'ai au programme un transport sur les lieux : "ocular inspection", à la maison où un accusé serbe a tué un soldat russe la nuit. Au début, je le croyais en patrouille. Il semble en fait qu'il était seul, cela va être un point à préciser. J'ai eu le plan des lieux ce matin.

GJILAN, nuit du 20 au 21 novembre 2001:

Je ne résiste pas au plaisir de vous raconter une anecdote qui m'a été rapportée localement. Il existe à l'Université de Pristina un Institut d'Etudes Politiques qui avait exprimé le voeu, quelque temps avant les élections, de faire un débat avec les leaders des trois grands partis. On le lui a interdit, car "L'Université ne fait pas de politique !"

Et à l'Insitut d'Electricité, on a le droit d e parler du courant ?

Publié dans Justice

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