Sous le drapeau bleu (15) Actualité judiciaire au Kosovo

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Une mosquée à Pristina
Une mosquée à Pristina

GJILAN, 1er décembre 2001 :

La neige a fondu au Kosovo, laissant place à la boue, qui elle-même sèche. En été, nous avons la poussière, en hiver, la boue.

Mes dossiers d'investigations avancent. J'ai réussi à étudier le dossier d'un meurtre de deux paysans serbes faisant paître leurs vaches en 1999. Les autres paysans présents ont été rossés. Les auteurs sont des soldats de l'UCK. On a peut-être requalifier en crime de guerre. Le TPI (Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie) n'a pas l'exclusivité, et nous au Kosovo nous sommes de grands garçons et de grandes filles, on peut faire aussi. Nous avons ce que les juristes appellent une compétence concurrente : l'un ou l'autre peut traiter la matière.

Quant au meurtre d'un soldat russe de la KFOR par un Serbe, il est établi qu'il n'était pas en patrouille, mais seul, un autre avait été débarqué au village voisin par un taxi et lui avait continué jusqu'à ce hameau, où une enquêtrice écossaise très observatrice a découvert qu'une maison voisine servait de lieu de rendez-vous. Il semble qu'à ce moment précis, les prostituées convoitées n'y étaient pas et que le Russe soit parti à leur recherche en les hélant, et en se trompant de maison, celle de notre Serbe n'étant pas celle où il avait des chances de trouver l'objet de son désir....J'entends lundi une série de témoins, je ne sais pas si les locaux vont admettre qu'il y avait un lieu de débauche à leur porte.

Nous avons également eu récemment quatre transporteurs de haschich, pour une vingtaine de kilos. Ils n'ont pas apprécié l'hospitalité que je leur offrais au centre de détention et ont fait appel aussitôt, mais le "panel" n(la formation collégiale) a confirmé leur réservation hôtelière.

Nous avons offert une réception : les juges internationaux (moi et Tim) et la procureure internationale Cecilia Tillada, aux "lay judges", littéralement juges laïcs, sorte de jurés permanents vacataires, un npeu comme les assesseurs au Tribunal pour enfants en France, l'un d'eux étant désignés par la minorité turque locale, et aux interprètes. Nous avions réservé une salle au restaurant "Forum", qui s'est occupé du service. C'était très réussi, et ce fut apprécié.

J'ai aussi siégé lundi dans un procès à Peja, et un autre jour dans un procès présidé par Tim. A midi trois, le muezzin s'est fait entendre à la place de la personne à qui il donnait la parole (enfin, le micro de la mosquée qui remplace le muezzin, faut pas se fatiguer inutilement, mais le micro, quoique non essoufflé par la montée des marches, avait trois minutes de retard).

Aujourd'hui, je suis venu au bureau faire quelques travaux et ce soir je participe à un dîner-débat organisé par un général français dans sa villa à Pristina,sur "Le Droit et la Justice au Kosovo".

J'attends la copie de mon renouvellement de contrat au Kosovo, mais j'ai eu la confirmation de principe par mail et mon apparition en "transparence" (liste de projets de mouvements) comme vice-président au tribunal de Bobigny (ce que j'étais avant mon départ) n'est qu'une mesure de sécurité prise par le ministère au cas où il y aurait eu un problème, mais elle n'aura pas d'objet. Patrice de Charette s'en va, et nous abandonne pour Bordeaux. Dans on ultime chronique, il nous annonce la prochaine publication de ses "Chroniques kosovares" sous forme d'un livre.

Je publie aussi, mais plus modestement, et dans un autre domaine. La revue consacrée à la reconstitution historique "Vivre l'Histoire", dans un hors série consacré au Premier Empire (d'ailleurs, demain c'est l'anniversaire de la bataille d'Austerlitz) fait paraître un article que j'ai composé sur le harnachement des officiers de la cavalerie légère.

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