Sous le drapeau bleu (2) Cadre géographique et culturel

Publié le par Raymond Lévy

Grancanica
Grancanica

Mais avant de reparler des juges, il faut répondre à la question : le Kosovo, c'est quoi ? Physiquement, juridiquement, culturellement?

Physiquement, c'est un territoire de dix-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt kilomètres carrés. Ses plus grandes dimensions sont approximativement de cent-vingt kilomètres sur cent-trente. Sa population a varié avec les exodes récents. Elle était estimée à un million-huit-cent mille habitants en 1999, un peu moins au recensement de 1981. Elle est constituée à 90% d'Albanais, non pas Albanais par leur passeport, mais par leur lange et leur culture. 8% environ de Serbes (13% avant le conflit), et 2% deTurcs, Roumains, Monténégrins, Croates et autres. Ces chiffres ne sont pas d'une certitude absolue, mais les processus électoraux amènent à les affiner. Le Kosovo, ou Kosova, est voisin du Monténegro, de la Serbie, de la Macédoine, autre pays dans lequel des divisions ethniques peuvent être redoutées, et moins immédiatement, de la Bosnie (par la Serbie) et de la Bulgarie (par la Serbie ou la Macédoine). L'ensemble se situe au nord-ouest de la Grèce. Il y a évidemment des passages clandestins des frontières, et notamment des trafics d'armes et de drogue, que la KFOR (Kosovo Force) essaie d'empêcher.

Militairement, le Kosovo était divisé en cinq secteurs tenus par les Italiens, les Français, les Britanniques, les Américains et les Allemands, qui avaient d'autres contin gents plus réduits sous leurs autorités respectives.

Juridiquement, c'était en dernier lieu un e province autonome de la République de Serbie, à l'intérieur de la Fédération de Yougoslavie, mais déjà en 1912-1913, les Albanais et les Serbes se sont disputés cette province, jusqu'à la fixation des frontières en 1913. La démographie a joué en faveur des Albanais (toujours pas au sens du passeport, mais de l'appartenance ressentie, de la langue et de la culture). Une large autonomie a été reconnue à cette province, notamment en 1967 puis en 1974, mais en plusieurs étapes un processus contraire a été engagé, qui a provoqué une insurrection,suivie d'une répression serbe dirigée par Milosevic, puis l'intervention militaire de l'OTAN en 1999. Après que les Serbes eussent tenté de vider la province de ses populations albanaises, ils sont eux-mêmes exposés à des tentatives d'exclusion. La présence de l'ONU au Kosovo résulte de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, en date du 10 juin 1999. L'UNMIK, dirigée par un Représentant Spécial du Secrétaire Général de l'Organisation des Nations-Unies assumait en 2001/2002 la quasi-totalité des pouvoirs dans ce territoire, et essayait d'y associer des représentants des communautés locales. Judiciairement, à cette époque, il y a cinq Cours de District (à Prizren, à Peja, Pristina, Mitrovica, Gnjilane ou Gjilan), et une Cour Suprême à Pristina. Des circonscriptions administratives, comparables à nos préfectures (rapportées à la taille de la province) ont leurs chefs-lieux dans les mêmes villes que les cours de districty et les quartiers généraux. Les noms de ces villes ont généralement des variantes, ainsi Pec pour Peja, Gjilan mour Ghjilane,Kosovska Mitrovica.......

Culturellement, les serbes considèrent que le Kosovo est le berceau de leur nation, et de l'orthodoxie catholique (illustration : le monastère de Gracanica - se prononce Grattchanitza). Le Kosovo a fait partie des Etats serves de Zeta et de Raska depuis le septième siècle, date des invasion slaves, jusqu'en 1389. A cette date, les Serbes ont été battus par les Ottomans à la bataille de Kosovo Poljé, au sud-ouest de Pristina, et la Serbie dans son ensemble a été annexée par les Turcs jusqu'en 1912. Le Kosovo constituait la subdivision Kosovo Vilayet du sandjak de Novi Pazar.

Les Albanais vivant au Kosovo ont bénéficié d'une plus grand tolérance pour leur culture que les Albanais d'Albanie, pendant le régime stalino-chinois qui dominait Trirana, si bien que, par une ironie de l'histoire, le Kosovo est devenu un foyer culturel albanais......90% de la population du Kosovo est musulmane,mais il s'agit d'un Islam plus tolérant que dans d'autres pays,et l'apparition d'une femme voilée y surprendrait autant que celle d'un grenadier en bonnet à poils.

La population avait adopté la religion des vainqueurs pour que l'administration ottomane la laisse tranquille, et ne s'est pas trop investie dans la religion. Elle la ressent néanmoins comme un élément d'identification, suffisamment pour avoir dynamité quelques églises orthodoxes (j'en ai vu des ruines entre Pristina et Peja/Pec), et suffisamment pour avoir bénéficié d'un programme saoudien de restauration et de reconstruction de mosquées. Les églises orthodoxes doivent être protégées. Près de Gjilan, au dessus d'un village serbe où j'ai dîné le soir de mon arrivée dans cette ville, l'église serbe se situait au dessus d'une colline, défrichée pour constituer un glacis bien éclairé la nuit, et avait été entourée d'un petit camp américain avec des miradors et un engin blindé de combat Bradley en poste fixe. Mais inutile d'essayer de lui envoyer une roquette : on distinguait très bien, même à distance, les caissons remplis de gravier protégeant l'engin jusqu'au ras de sa tourelle. Le professionnalisme des soldats américains est partout évident, comme celui des soldats de la KFOR en général.

Les hommes sont souvent représentés avec un e sorte de chéchia, différente de la chéchia rouge cylindrique ou tronconique classique.La chéchia albanaise a la forme d'une coquille d'oeuf et elle est blanche. On la trouvait pour quinze Deutsche Marks dans les boutiques d ela vieille ville, et elle est fabrkiquée en Turquie, alors que les chéchias classiques portées en Bosnie-Herzégovine, dans l'empire ottoman et en Afrique, étaient pour la plupart fabriquées à Strakonice, ville de l'empire austro-hongrois puis de Tchécoslovaquie, actuellement en république Tchèque : les formes et les presses à chéchias ont été transférées au château-musée de Strakonice, que j'avais visité avant de savoir que j'irais au Kosovo, et les bâtiments de l'usine existent toujours. La chéchia albanaise est surtout portée par des hommes âgés : il est vrai qu'elle est parfaite pour dissimuler une calvitie, car elle emboîte le crâne.

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