Sous le drapeau bleu (4) Juillet/août 2001

Publié le par Raymond Lévy

Cecilia et nos gardes du corps
Cecilia et nos gardes du corps

PRISTINA, 21 juillet 2001, 13 H 22 :

On me demande si je n'ai pas le cafard d'avoir quitté la France. Pourquoi un seul cafard? L'hôtel de transit pour hôtes de marque où je suis a les moyens de nous en offrir plusieurs pour le même prix dans ses salles de bain. Et comme moi j'ai les moyens d'acheter de l'insecticide au magasin en face, la question est résolue.

(Note : Cet hôtel, laissé à l'abandon par les anciennes autorités yougoslaves, a été refait entièrement pendant mon séjour au Kosovo et a changé de destination.)

On nous informe sur beaucoup de choses: comment éviter de sauter sur des mines, par exemple. Une mignonne officier de police estonienne nous fait un cours sur le harcèlement sexuel, et pour l'illustrer me demande si je l'invite à dîner ce soir....mais ne me laisse pas le temps de dire oui !

La communauté locale de Jugenet, le réseau d'échanges internet de magistrats francophones, s'est donnée le mot pour me rencontrer. Je mets des visages sur des noms. Rendez-vous avec ma collègue autrichienne Renate Winter. Au moment de descendre, un grand gaillard en combinaison sombre et ceinturon s'encadre dans ma porte et m'annonce son arrivée. Il me précède dans les escaliers, pistolet-mitrailleur à la main. Renate et moi réussissons ensuite à nous entretenir tranquillement.

GJILAN, 31 Juillet 2001 :

C'est bien difficile en ce moment avec le téléphone portable. Le réseau marche par intermittences, et quand il marche, tout le monde se rue dessus, et il est saturé, on n'obtient plous que des bip-bip-bips, ce qui est un dialogue d'une incontestable richesse....Et maintenant que je suis arrivé à Gnjilane (Gjilan), il ne couvre pas ! Mais comme je retourne bientôt à Pristina, il va y avoir des créneaux.

Joe Hogan, le sympathique officier de sécurité de l'International Judicial Support Section (IJISS), m'a transporté à Gnjilane ce matin avec deux nouveaux procureurs internationaux, un américain et un finlandais. Nous avons rtetrouvé le procureur déjà en poste qui officiait aujourd'hui, et nous sommes allés déjeuner à Camp Montieth chez les Américains, escortés par un sous-lieutenant et un soldat américains qui assuraient la sécurité du procès d'un meurtrier, en casque et battle-dress, avec un fusil M.16 pour le soldat.

J'ai trouvé un logement à cent mètres de la Cour de District de Gnjilane, à laquelle je suis affecté. Je dispose de deux pièces, un e cuisine assez vaste.

Mon adresse postale : Raymond LEVY

International Judge

District Court of Gnjilane

UNMIK HQ

P.O. Box 515

91 000 Skopje, FYROM

Former Yugoslav Republic of Macedonia

GJILAN, mercredi 1er août 2001:

J'ai dîné hier soir avec l'assistante qui partage mon bureau - cç y est, j'ai un bureau - dans un restaurant situé dans une enclave serbe, protégée par les américains qui ont installé un petit camp retranché autour d'une église, appuyé par un engin blindé. C'est un Bradley. L'IFV - Infantry Figting Vehicle Bradley M2, véhicule de combat d'infanterie, et le CFV - Cavalry Fighting Vehicle - Bradley M3, véhicule de combat de cavalerie sont des véhicules de combat de trente tonnes, armés notamment d'un canon de 25 mm et de missiles TOW. Le M2 transporte 6 combattants, le M3 plutôt chargé de missions de reconnaissance n'en transporte que deux, en plus de l'équipage.

Ce matin, j'ai fait le tour de diverses autorités et services, et j'ai signé les demandes d'ordinateur, de téléphone portable et fixe, et je me suis retrouvé doté d'une radio portative. Ce soir, je repars à Peja/Pec où je continue un procès déjà commencé avec moi. Vendredi matin, Pristina, avec Patrice de Charette, vendredi après-midi, présentation à diverse autorités, et en principe vendredi soir je vais dîner avec les gendarmes français à Gjilan, j'en ai rencontré quelques uns en allant déjeuner dans une pizzeria (c'est ce qu'on trouve le plus comme restaurants) avec la procureur philippine Cecilai Tillada, et son assistante argentine.

GJILAN,6 août 2001, 09 H 36 :

Vendredi, une sonnerie désagréable a retenti pendant que j'envoyais mon message à la liste Jugenet. C'était l'annonce de la coupure d'électricité, et mon message a été perdu. Je ne sais plus très bien où je vous avais laissés...Vendredi, le président de la Cour de District et le procureur m'ont reçu avec chaleur, et avec un café turc. J'ai rencontré aussi le commissaire de police américain (le "Commissioner") et son adjoint suédois. Ensuite, les représentants de la KFOR (Kosovo Force de l'OTAN), la major Fredriksen et ses adjoints le capitaine féminin Donnelly et le capitaine Gravelin.Tous se déplacent en treillis camouflé avec gilet en kevlar et brelage de combat, armés de pistolets. Ils appartiennent au Judge Advocate Corps, l'équivalent américain de la Justice Militaire en France, et sont ravis d'apprendre que je suis officier de réserve dans ce corps. J'en suis quitte pour improviser un topo sur la nouvelle organisation des armées françaises, les EMF (Etats-Majors de Forces) projetables, et la Justice Militaire en temps de paix et en temps de guerre. En anglais, bien sûr. Je m'en tire honorablement.

Il y a à Gnjilane au moins un partisan inconditionnel de la présence militaire américaine. Il passe ses journées adossé au muret du fortin édifié près de mon domicile, et surtout près de l'église orthodoxe. C'est un gros chien de race multiple, genre Saint Bernard à poil court. De temps en temps, un soldat le caresse, sans quitter son fusil d'assaut.

J'ai passé aujourd'hui mon permis de conduire des Nations-Unies, sur un 4X4 Toyota. Je l'ai réussi.

Jeudi soir, les gendarmes français m'ont emmené dîner, nous sommes une dizaine de Français à Gjilan. Je suis retourné plus tard au même restaurant, le restaurateur a mis un petit drapeau français sur mon dessert.

Je vous quitte, avant d'avoir une mésaventure avec cet ordinateur.

GJILAN, 7 août 2001 :

J'ai oublié de vous préciser que, parmi les personnalités à qui j'ai été présenté, il y a l'administrateur régional adjoint. Il se prénomme MARCEL. Vous vous exclamez tous : avec ce prénom, c'est un Français. Vous avez tout faux :il est Tchèque !

Pendant que j'allais une fois de plus à Pristina ce jour, on m'a installé Internet, mais pas encore le programme de courrier de l'ONU et je ne connais pas encore mon adresse de mail au bureau, donc je me connecte de là sur AOL. Ne plus être obligé de squatter un autre ordinateur est déjà un progrès. On m'a installé un téléphone, mais pour la tonalité, on verra plus tard....Mon agenda est presque entièrement noirci jusqu'en octobre,j'aurai alors quelque sjours de congé.

GJILAN, 8 août 2001 :

Patrice de Charette m'indique que l'orthographe la plus utilisée est Gjilan. Je ne savais jusqu'alors quelles orthographes étaient serbes, et laquelle (ou lesquelles) étai(en)t albanaise(s).

Illustration : Notre procureure internationale Cecilia avec deux de nos gardes du corps allemands

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