Sous le drapeau bleu (5)

Publié le par Raymond Lévy

Hummer de la KFOR à Gjilan
Hummer de la KFOR à Gjilan

GJILAN, 11 août 2001 :

Hier soir, je suis allé dîner, assez tard, dans un restaurant typique albanais, où je suis déjà allé plusieurs fois et où je reçois donc un bon accueil. Il y avait du monde. J'ai rencontré une personne qui travaille à l'UNMIK, qui m'a expliqué qu'il y avait une fête de circoncision d'un jeune adolescent et qui m'a présenté à la famille. Je me suis retrouvé invité à la soirée dansante, limitée par une coupure de courant, chose fréquente ici.

Hier également, les militaires de la KFOR ont découvert deux caches d'armes,une dans une maison et une dans le lit d'un ruisseau. On me présente les suspects demain. J'aurai à les entendre, puis à décider de l'ouverture d'une instruction, décision susceptible d'appel, sur requête du Public Prosecutor, et à décider de leur détention, ou non, pour un mois.

Une voiture m'a été affectée, qui était attendue depuis longtemps, mais j'étais tellement occupé avec mes "cas" de détention (le "panel"jouant un rôle comparable à celui d'une Chambre de l'Instruction) que j en'ai pas pu en prendre possession et que mon assistante est partie avec les clefs, oubliant d'éteindre la radio VHF,ce qui risque de vider la batterie. Il va donc falloir la contacter dès que possible sur son portable, qui pour l'instant ne reçoit pas.

16 août 2001 :

J'ai passé deux jours à la Cour de District de Peja (Pec en Serbe) comme assesseur dans une collégialité criminelle à trois juges internationaux, avec huit accusés. Mais nous n'avons pendant ces deux jours procédé qu'à l'interrogatoire du principal suspect. Il s'agit du meurtre d'un avocat, membre d'un parti politique, dont on a retrouvé le cadavre (celui de l'avocat, pas celui du parti politique) en plusieurs morceaux. Public nombreux, et, nous a-t-on dit le deuxième jour, gros articles dans la presse locale. Par contre, pour ce qui est de susciter des vocations d'avocat au Kosovo, je pense qu'on peut trouver mieux....

Hier soir, j'ai rencontré un policier italien, nous avons échangé nos impressions, les problèmes en Italie sont tellement les mêmes qu'en France que c'en était saisissant.

Aujourd'hui, je devais aller à Pristina pour un "panel" de détention dans un autre dossier, mais on m'a rappelé à un moment où j'aurais déjà du être parti avec ma voiture de fonction....pour me dire que cela n'avait pas lieu aujourd'hui, car le Procureur du Kosovo n'avait pas encore donné son avis écrit,lequel fait partir le délai de trois jours dans lequel le panel doit statuer. J'avais été retardé par quelqu'un qui avait besoin d'un renseignement,et pour une fois ce fut une bonne chose,puisqu'elle m'a évité un aller-retour stérile. Enfin vous voyez comme il est facile de s'organiser au Kosovo, on se croirait dans certains tribunaux français où on vit dans l'improvisation permanente....

Changement de décor cet après-midi :nous sommes allés, mon assistante, ma collègue danoise, ses gardes du corps et moi,à Camp Bondsteel chez les Américains, qui hébergent aussi d'autres contingents. C'est une ville, et même trois villes: on y distingue la ville haute, la ville moyenne et la ville basse. J'ai vu des hélicoptères, y compris en mouvement, et tout un choix de véhicules de diverses nationalités. Nous avons été reçus par un officier d ela Justice Militaire américaine, le capitaine Graveline, qui était déjà venu à mon bureau. Il nous a notamment fait visiter, avec un capitaine de la Military Police, le centre de détention où sont retenus certains de nos "clients". J'ai d'ailleurs profité de l'occasion pour fixer un rendez-vous avec un sergent-chef de la Military Police qui a découvert une cache d'armes, et on m'a saisi du dossier, dans lequel j'ai décidé un transport sur les lieux.

Ce qui m'a le plus surpris, c'est de découvrir un contingent hélvétique. C'est la première fois depuis très longtemps que l'armée de ce pays neutre participe à une opération extérieure. J'ai aussi vu les véhicules chenillés que les Suédois utilisent dans la neige, mais comme il fait 32 degrés Celsius, nous avons pensé que nous ne demanderions que plus tard à les expérimenter....Ma collègue danoise ayant une carte d'accès au PX y a fait un tour, mais n'a acheté qu'un livre.

Nous aovns un interprète d'Albanais et Serbe (il est Croate) qui a fait des études à Strasbourg, et parle un français parfait. Il m'a introduit auprès de s magistrats locaux, très sensibles à mes visites.

Publié dans Justice

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