Sous le drapeau bleu (26) Fête nationale française et travaux

Publié le par Raymond Lévy

Spahi à Pristina
Spahi à Pristina

Le lendemain, quatorze juillet, je suis allé à Pristina participer aux cérémonies militaires et à la réception offerte par le général et par le représentant diplomatique de la France. La cérémonie du quatorze juillet a été très réussie, malgré une violente averse qui est tombée vingt minutes avant, et a détrempé le terrain où étaient installées les tentes pour le cocktail. Sur la demande expresse du chef d'état-major, j'avais mis mon uniforme bleu et or de magistrat militaire avec les décorations, mais j'avais eu la bonne idée de mettre, au lieu de chaussures basses, mes bottines d'équitation, si bien que je n'ai pas souffert de la pluie et de la boue.

Aujourd'hui, j'ai rencontré des militaires français qui vont diriger les travaux de réfection de la Cour de District de Gjilan, et un membre du Bureau de Liaison de la France (notre organe diplomatique): c'est notre ministère des Affaires Etrangères qui s'occupe du financement.

Je vais recevoir un dossier d'instruction concernant des cultures de cannabis découvertes dans une ferme, pas loin de Gjilan. J'ai vu les photos, et j'avais vu par hasard des plans – et des plants – à la télévision locale.

Demain, on va finir un procès concernant un meurtre entre ivrognes, mais la victime n'était pas de la même ethnie que les meurtriers, qui étaient cependant ses amis, c'est pourquoi on a donné ce dossier à des juges internationaux.

Je vais avoir en principe à présider un procès de meurtre inter-ethnique. Ce genre de dossiers se raréfie fort heureusement et les gens se promènent et séjournent aux terrasses des cafés en toute décontraction. La tenue des jeunes femmes n'a rien à voir avec la bourkha des malheureuses afghanes, et l'exhibition du nombril est pratiquement la règle.

Toutefois, l'ambiance n'est pas toujours joyeuse car certains collègues nouvellement arrivés sont mécontents des conditions de travail et de certaines atteintes, volontaires ou par manque de diplomatie, à leur indépendance. Par ailleurs, d'autres se lancent dans des intrigues et des manœuvres déplaisantes pour tenter de se faire une carrière à l'ONU, en se croyant obligés, pour progresser, d'isoler et dénigrer leurs collègues. J'ai eu à subir ce genre de manœuvre, et ne suis pas disposé à me laisser faire. Bref, à l'étranger, on doit lutter contre les criminels et contre notre administration d'accueil, ou ceux qui essaient d'orienter la dite administration en leur faveur. J'ai heureusement un collègue francophone très agréable, de l'Ile Maurice. Un collègue britannique quitte la Cour de Gjilan pour la Cour de Mitrovica, et ne laissera de regrets que chez ceux qui avaient l'espoir de l'utiliser comme poisson-pilote en nous snobant. Certains vont sans doute le suivre, ce qui permettra de renouveler les effectifs avec des gens qui nous respecteront.

Publié dans Justice

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