Crédits plus faciles : faut-il s'en créditer ?

Publié le par Raymond Lévy

Un article de "La Synthèse"nous apprend ce matin : "Cela peut paraître étrange, mais nous ne sommes pas, en France, à l'abri de bonnes nouvelles d'ici la fin de l'année.(......)Aidé par des taux plus bas que prévus, le gouvernement fait des économies sur les taux versés. De fait, là où Bercy anticipait une remontée vers la barre des 1,2% vers la fin de l'année, les OAT à dix ans plafonnent autour de 1%. ....L'Agence France Trésor qui gère la dette de l'Etat en profite pour accélérer ses émissions et rallonger la maturité de sa dette. En jeux, une facture allégée (une charge de la dette dans le jargon administratif)d'environ 1,5 milliard d'euros."

Observons d'abord que cet allègement n'est pas du, même s'il faut saluer la réactivité de France Trésor, à une action du gouvernement français, mais à une amélioration conjoncturelle extérieure : autrement dit, l'action gouvernementale n'a toujours aucune prise sensible sur l'économie. Observons ensuite que l'on nous dit que cette agence en profite pour accélérer ses émissions, c'est à dire en clair pour continuer à emprunter sur les marchés mondiaux : en conséquence, le datte de la France profite d'une embellie passagère, mais continue à augmenter par de nouveaux emprunts. Un assainissement en profondeur n'est donc pas pour demain !

L'article poursuit constat que l'optimisme "se retrouve dans la remontée brutale des crédits à la consommation", ce qui est une bonne nouvelle pour la relance par la consommation, mais ne doit aps maquer une persistance d'une grave maladie française : la relance des crédits à la consommation, ça signifie que les classes dites populaires et les classes moyennes n'ont toujours pas, de par les ponctions qu'elles subissent, les capacités financières d'acheter leurs biens au comptant. C'est sur cette incapacité durable que les banques font des profits. Jusqu'à présent, les banques ne prêtaient plus, mais ce n'était pas du uniquement à leur volonté de fermer les robinets, car un directeur d'agence me confiait il y a quelques mois qu'elles n'étaient même plus suffisamment sollicitées, car les entreprises, trop incertaines du succès, n'osaient plus demander....Il y a peut-être une marge d'évolution qui se dégage.

Mais les prêts qu'elles n'accordaient pas, les consommateurs les demandent à des organismes de crédit : DIAC, SOFINCO,CETELEM, COFIDIS , COFINOGA, nous connaissons tous les publicités et les enseignes de ces organismes multiples qui ont poussé comme des champignons sur cet humus (dont, tout de même ,certains ont disparu ou été absorbés). Leur existence est malsaine et leurs pratiques ont été souvent décriées et décrites comme étant à l'origine (mais sûrement pas seules...) d'un problème généralisé de surendettement. Ces organismes dont on pourrait penser qu'ils seraient toujours satisfaits de recevoir de l'argent, bizarrement répugnent à recevoir des remboursements anticipés, parce que ces remboursements font disparaître leur si profitable rente. Tel vous fait savoir que vous ne pouvez les régler que par mandat ou par chèque, mais qu'elle refusent les virements (sachant que la France est le dernier pays occidental à utiliser massivement les chèques, mais aussi à prononcer des interdictions d'émettre des chèques, cherchez l'erreur!), tel autre fait le mort quand vous lui demandez un relevé d'identité bancaire pour faire un virement et mettre fin à des prélèvements....

Mais la grosse astuce, pendant des années, et c en'est pas terminé, c'est que tous ces organismes sont des filiales des banques qui refusent de vous accorder les découverts pouvant sauver vos commerces et vos entreprises : elles vous orientent sur ces filiales, qui vous demandent plus cher qu'elles, et finalement c'est à elles que profitait la restriction des crédits et que profiter leur renouveau.

Je crois donc qu'il faut se méfier de l'embellie sur le front des crédits : ce relâchement risque d'agir comme un médicament euphorisant et de dissuader les acteurs économiques de persévérer dans toute tentative de désendettement durable (une expression qui serait plus concrète que celle, bien obscure, de développement durable....). Si ni les finances publiques ni les particuliers ou les commerçants ne réussissent ou ne veulent vraiment se désendetter, nos maladies deviendront (ou, plus exactement, resteront...) structurelles et continueront à entraver l'autonomie de notre pays.

Références de l'article : http:/:www.lasynthesonline.fr/macro/pays/france/france_les_signaux_positifs_eh-oui_se_multiplient.31,748.html

Publié dans Economie

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