Impuissance et incohérences

Publié le par Raymond Lévy

Une effroyable catastrophe routière a frappé la France, un choc entre un autocar et un camion a fait 43 morts selon les dernières nouvelles. Nous ne pouvons que partager l'affliction unanime, et nous sentons tous impuissants à la soulager. Il n'est ni opportun ni décent de rajouter quelque chose à la vague de commentaires et de manifestations entraînées par cet événement. Néanmoins on ne peut manquer de se poser quelques questions, et d'éviter des fausses questions. Dans la querelle sur les partisans du carburant Diesel et des partisans de l'essence, pour des motifs économiques ou écologistes, il est dit que les véhicules Diesel présentent beaucoup moins de risques de s'enflammer en cas d'accident. Mais à ma connaissance, tant les camions que les autocars roulent au Diesel. Et pourtant c'est l'embrasement des véhicules qui a causé le massacre, pour autant que nous le sachions. Il y a là une interrogation majeure, dont nous n'aurons pas la réponse avant un certain temps.

Chacun promeut péremptoirement dans son coin et dans ses médias favoris des solutions autoritaires. Réduire la vitesse à 80 kms/h sur les routes fait partie des stupidités à la mode, par son caractère général. Il y a des sinuosités où cette vitesse serait encore excessive, et d'autres endroits sur des routes sans difficulté, où cette limitation serait dangereuse et accidentogène, par la lassitude et la perte d'attention des conducteurs. Interdire certaines routes aux poids lourds et aux transports en commun pourrait être une meilleure idée. Elle se heurte au fait qu'il n'existe pas toujours un itinéraire raisonnable de rechange. Et là, nous tombons sur un problème d'infrastructures. Il est manifeste qu'elles peuvent être insuffisantes. Il y a un choix d'attribution des ressources publiques à faire. Or dans ce domaine, nous avons des incohérences manifestes. C'est l'Etat, par exemple, qui a imposé aux départements la charge des aides sociales et du RSA, et qui leur refuse les ressources correspondantes. Ce sont les collectivités locales, qui ne sont même plus maîtresses de leurs limites par l'effet de regroupements imposés ou de refontes régionales autoritaires, qui ont la charge des voiries communale, départementale, régionale, y compris des ex-nationales dont l'Etat s'est délesté. Mais c'est l'Etat qui implante des radars au bord des routes et en collecte les revenus, avant d'en rétrocéder une part....C'est l'Etat qui voulait imposer des taxes sur les transporteurs, et conserve des péages sur les autoroutes, qui poussent lesdits transporteurs à se rabattre sur des routes où ils n'ont peut-être pas leur place. Sans vouloir désigner un ou des responsables, ni encourager les anathèmes des associations de victimes contre les uns ou les autres, des transporteurs contre l'Etat, des conducteurs contre un peu tout le monde, il parait opportun d'engager une réflexion sur les infrastructures de transport en France. Car si ce sont bien des conducteurs qui ont des accidents, ils les ont sur des routes, et un malheur ne résulte presque jamais d'une seule cause indépendante des autres.

Publié dans Sécurité

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