Russes et chinoiseries

Publié le par Raymond Lévy

Depuis quelques jours,nous assistons à un festival des occidentaux, qui font les gros yeux aux Russes. Rendez-vous compte ! Ils se permettent de ridiculiser notre ministre des affaires étrangères et notre président, et les Américains par dessus le marché, en bombardant les ennemis de leur allié Bachar El Assad. Nos gouvernants voudraient que par une fine distinction, les Russes ne bombardent que les méchants terroristes de Daech, et pas les gentils terroristes d'Al Nosra et autres, à qui l'on pardonne bien volontiers de tuer ou d'enlever de temps en temps des civils ou des occidentaux : du moment qu'ils sont contre l'affreux Bachar, l'Occident peut bien leur fournir quelques armes.....même s'ils les revendent aux méchants terroristes ! Nous, nous voulons bien canarder quelques ennemis de Bachar El Assad, à condition que cette action ne renforce pas le chef de l'Etat syrien : si ça le renforce objectivement en lui permettant de durer, on ne veut pas le savoir ! En même temps, on ne fait pas de reproche aux Turcs, qui bombardent plus volontiers les Kurdes que les terroristes de Daech, sous prétexte que nous avons grand plaisir à utiliser leurs bases aériennes. Cependant nous devrions apprécier que le pouvoir syrien, ou ce qu'il en reste, n'envoie pas de missiles ou de chasseurs contre les avions occidentaux, qui violent allègrement son espace aérien. Au bal des faux culs, notre ministre et les Américains enchaînent les pas avec virtuosité.

Les Russes sont moins incohérents que nous : ils viennent soutenir militairement leur protégé et leur allié, en conséquence ils tapent sur ses ennemis. C'est d'une logique implacable ! Ils ne chinoisent pas. Ils agissent.

Tétanisés par leur mot d'ordre: "Pas d'envoi de troupes au sol !" (sous-entendu : nous ne pourrions pas assumer médiatiquement des pertes dans nos rangs), nous n'imaginons même pas que les Russes, moins vulnérables aux médias, pourraient attaquer avec des troupes au sol et leur légendaire artillerie. Imaginons qu'ils le fassent : ils s'en donneront alors les moyens. Imaginons qu'ils réussissent en plus grand, en Syrie, ce que nous avons réussi au Mali. Supposons qu'ils réussissent à anéantir, sinon à éradiquer définitivement, les bandes armées, sans trop faire de distinctions entre elles. Leur prestige sera alors immense, et leurs bénéfices politiques le seront aussi. La Russie sera considérée par tous comme un soutien fiable, vers lequel tous les régimes peu sûrs de leur avenir se tourneront. Quant à notre ministre des affaires étrangères, face à l'échec total de ses choix, il aura l'air malin.....Sans vouloir pousser les Russes à l'action, avec ses risques frontaux ou collatéraux, et sans vouloir choisir entre les joueurs d'un terrain oriental subtil que manifestement les gouvernants occidentaux ne comprennent pas (la meilleure preuve en étant que la Lybie s'apprêterait à choisir un parent de Khadafi pour assurer l'équilibre des tribus....), nous avons le droit de nous demander si nous n'allons pas recevoir une bonne leçon de stratégie, si l'armée russe "fonce dans le tas".

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