Plus qu'une guerre !

Publié le par Raymond Lévy

AK 47
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Depuis des années, on se gargarise de tous côtés d'un langage offensif et de l'emploi du mot guerre : guerre aux trafics de drogue, guerre au chômage, guerre contre la pauvreté, guerre à la délinquance, guerre au dopage, guerre à la corruption.....On nous dit maintenant "la France est en guerre", et on va faire la guerre aux terroristes qui nous font la guerre. Je suis désolé, mais ces affirmations sont loin de m'apaiser ou de me rassurer, encore plus loin de me galvaniser. Car toutes ces guerres que je viens d'énumérer, nous les avons perdues ! Alors, si on fait la guerre aux terroristes comme on la fait aux drogués, aux trafiquants, au chômage, et cetera, avec aussi peu de résolution, autant de goût pour les atermoiements et les propos creux non suivis d'effets, oubliés dès après le journal de vingt heures et ses comptes-rendus du lendemain dans la presse papier, quitte à les réitérer après une nouvelle catastrophe, une chose est certaine : nous sommes perdus ! Les politiciens et leurs mots creux, leurs mots dont ils ne connaissent même pas la signification, nous auront, nous ont peut-être déjà, perdus !!!!!

Ce que nous vivons depuis les attentats de janvier et ceux de vendredi (et avant), ce n'est pas une guerre, je suis désolé de contredire tout le monde sur ce point.

Car qu'est-ce qu'une guerre ? C'est un conflit entre deux ou plusieurs nations souveraines, appuyant éventuellement des groupes insurrectionnels chez l'adversaire, mais respectant un "droit de la guerre". Comme on a peur d'employer le mot guerre et que le Ministère de la Guerre est devenu celui de la Défense - ce qui est d'ailleurs logique puisque nous ne souhaitons agresser personne et donc ne projetons aucune guerre - on préfère parler de "droit des conflits armés". Même pour la guerre des mots, nous ne sommes pas prêts. La vraie guerre se fait ouvertement, avec des soldats en uniformes qui s'affrontent, se respectent et se traitent correctement quand ils se capturent les uns les autres : d'ailleurs la définition des grades reconnus internationalement vient des conventions concernant les rançons puis les échanges de prisonniers, premier droit de la guerre, qui a précédé de plusieurs siècles les conventions de Genève. On (prétend vertueusement qu') on ne massacre jamais les civils ni les prisonniers, on ne torture pas.

Donc ce que nous vivons n'est pas une guerre. Nous avons des ennemis, certes, c'est le premier élément nécessaire d'une guerre. Mais Daech et autres groupes ne respectent aucune convention, et ont pour but de terroriser les occidentaux, et leurs rivaux locaux, de les massacrer, de les faire souffrir, de les torturer, de les exterminer, de les apeurer, de les asservir. Ce n'est donc pas une guerre. C'est pire ! Nous devons lutter avec des moyens de guerre, certes, mais pas uniquement : nous devons lutter par l'éducation, par la compréhension (pas au sens de bienveillance, mais au sens d'explication) des processus mentaux de nos ennemis, par les moyens de police, par l'action économique pour éviter que des populations se laissent fanatiser contre nous parce qu'elles sont pauvres et influençables, et cetera. Ce que nous vivons, ce que nous affrontons, ce n'est pas une guerre, notion bien cadrée, c'est plus et c'est pire qu'une guerre. Je ne peux même pas vous dire ce que c'est, parce qu'à force d'amollir les âmes et les mots, nous n'avons pas fait l'effort de forger un mot et un concept adaptés. Il serait temps, si nous voulons lutter, de définir la situation et notre action. L'heure est à la résolution. L'heure sera bientôt au remplacement de tous les lâches et les maladroits timorés - et mon propos ne se limite pas à La France ! - qui nous ont conduits à cette situation.

Publié dans Politique

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