Abstenez-vous de vous abstenir !

Publié le par Raymond Lévy

Comme à chaque élection pourvue de deux tours, le taux d'abstention fut très important dimanche. Tous les candidats en position difficile ont sacrifié à un rituel cocasse ou tragique, chacun appréciera, et voient leur salut dans la mobilisation des électeurs qui n'ont pas voté au premier tour. Le procédé ne donne généralement pas grand chose. Il est bien établi que des électeurs ne se donnent pas la peine de venir voter au premier tour, estimant que les jeux s'y feront aussi bien sans eux et que ce n'est qu'au second tour que leur vote aura une vraie portée. Il est donc parfaitement inutile de les exhorter à venir voter, puisqu'ils ont déjà projeté de le faire. Le discours obéit à quelques variantes (sans exclusive) : la peur , la dramatisation, la culpabilisation.......pour obtenir le déplacement des abstentionnistes, ou le report des voix des votants.

Il est inutile d'engueuler les électeurs sur le thème "Si vous étiez venus, je n'aurais pas été éliminé au premier tour" : par définition, celui qui tient ce discours a été éliminé et son discours est sans portée. Il était de tradition autrefois de rigoler des curés qui engueulaient les paroissiens qui s'étaient donnés la peine de venir les écouter, parce qu'il y avait trop d'absents, qui justement ne pouvaient pas entendre ces prêtres fulminer ces reproches, et n'avaient pas grand chose à faire de ce qu'on pourrait leur répéter. Il n'y a de toute façon plus assez de prêtres et plus assez de paroissiens, pour que quiconque perde encore son temps à ce genre de sermon.

Une quantité d'hommes et de femmes politiques croient pouvoir donner des "consignes de vote" aux électeurs qui ont voté pour eux ou elles sans les porter au succès : je hais l'attitude prétentieuse de ces gens qui se croient propriétaires de leurs électeurs. Leurs consignes, ils peuvent les laisser à la consigne, personne n'en a rien à faire. Au contraire, l'électeur peut désirer changer l'axe de son action, justement pour montrer qu'il n'obéit à personne. D'autres, ou les mêmes, croient indispensable de faire peur aux électeurs, en leur promettant mille calamités si l'adversaire passe. Comme ça fait des dizaines d'années qu'on promet enfer et catastrophes si on laisse passer les adversaires du prêcheur, plus personne n'y croit ! Et si la prédiction est fondée, ce sera trop tard, il ne fallait pas qu'elle apparaisse comme un truc usé pour ramasser des voix, ce qui lui aura fait perdre toute portée.

Quand l'électeur a manifesté son rejet du système et des appareils en place, pourquoi voulez-vous qu'il se rallie à l'un de ceux qu'il a rejetés? Si celui qui l'implore a la réputation d'être pourri, corrompu, parleur mais inactif, vindicatif (comme au Quizz, cochez la case de votre choix, ou plusieurs!), mais que son seul opposant est inconnu et qu'on peut craindre ce qu'il fera s'il est élu, l'électeur dégoûté se trouve devant un vrai choix : celui du chasseur, d'abattre la bête blessée pour qu'elle ne puisse plus nuire, en prenant le risque de l'inconnu, ou de se remettre, par crainte, dans les mains du pourri, etc (cochez la case de votre choix).

Beaucoup d'électeurs ricanent, en disant plus ou moins haut que, s'ils n'ont pas trouvé le candidat qui leur convient au premier tour, il n'y a aucune raison qu'ils le trouvent au second tour, pour lequel l'offre est encore plus réduite.

Quand les chefs des partis de droite, de gauche ou d'ailleurs, proclament chacun que leur parti ou leur coalition de partis est devenu la force dominante (au moins jusqu'à dimanche...), ils méritent bien de se faire remettre en place par ceux qui, comme Nicolas Dupont-Aignan et divers journalistes, leur rétorquent que le premier parti de France, c'est celui des abstentionnistes ! On pourrait d'ailleurs penser à n'attribuer les sièges qu'en proportion des suffrages exprimés : s'il y a cent sièges offerts et que seuls cinquante pour cent des électeurs sont venus voter, on ne pourvoira que cinquante sièges et les autres seront perdus jusqu'à la fin du mandat de l'assemblée à pourvoir, n'étant attribués à personne.....Puisqu'on cherche à réaliser des économies, en voila une belle ! Et là, le vote blanc pourrait avoir une vraie conséquence (mais "blanc", au moins, ce n'est pas raciste?).

"La prévision est un art difficile,surtout pour l'avenir!", disait un humoriste il y a cent ans environ.

Tout commentaire anticipé relève de la conversation de Café du Commerce (y compris le présent propos). Nous pouvons remarquer d'ailleurs que cette appellation de "Café du Commerce" est devenue si ringarde, qu'on ne trouve pratiquement plus d'établissement qui ait conservé cette enseigne.....Alors, en gens raisonnables, abstenons-nous......de tout autre commentaire !

Publié dans Politique - Humour

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