Déchéance : en fin de compte

Publié le par Raymond Lévy

Le chaudron du chef
Le chaudron du chef

Nous sommes abrutis, depuis quelques jours, de déclarations publiques de toutes sortes et de toutes origines, relatives à la déchéance de la nationalité française pour ceux qui auront commis des actes de terrorisme ou agressé les intérêts fondamentaux de la Nation. Certains fulminent que l'on porte atteinte à "l'ADN de la Gauche" et aux valeurs de la même gauche. Ce qui revient à admettre que ces valeurs proclamées ne sont pas celles de la Droite ni peut-être du Centre.

Soit on culpabilise la Droite et le Centre de ne pas partager ces valeurs, et on reproche aux électeurs de ne pas être socialistes - ce qu'ils ont montré aux élections régionales - et de souhaiter sortir d'un angélisme naïf..

Soit on admet que près de deux tiers de l'électorat ne partagent pas ces "valeurs" et qu'elles sont loin d'être universelles.

On s'écharpe sur les chances du projet de loi constitutionnelle au Congrès, voire sur les résultats d'un référendum. Nous avons bien compris que la Terre va s'arrêter de tourner, qu'on attend des Français qu'ils éprouvent une honte sans nom de ne pas se soumettre aux directives de la Bien-Pensance de gourous auto-proclamés, chefs d'églises politiques désertées par leurs fidèles, ou d'experts dont l'expertise se réduit à figurer encore dans les carnets d'adresses de journalistes. Revenons sur terre.

Quels peuvent être les principaux effets d'une déchéance de nationalité ?

La perte des droit de vote et d'éligibilité : c'est bien le moins. Les terroristes (islamiques ou autres) ont choisi une approche terroriste de la politique, et non une approche démocratique. S'ils survivent à leurs actes, ils n'auront plus aucun canal d'influence pour peser sur les choix de la Nation. C'est une mesure de salubrité publique, qui ne devrait cependant pas les traumatiser profondément, puisqu'ils auront renié nos institutions et nos valeurs républicaines.

La perte de la protection consulaire française à l'étranger : tout citoyen français peut solliciter l'aide des autorités consulaires françaises (et, par extension ou substitution, des consuls de tout pays membre de l'Union Européenne) s'il est victime d' événements malencontreux à l'étranger, ou s'il est accusé d'y avoir commis quelque crime ou délit, le consul peut librement communiquer avec lui s'il est détenu et lui procurer un avocat. Bien évidemment, cette protection n'est accordée qu'aux ressortissants français ou personnes que la France veut protéger, et non aux ennemis de la France.

La possibilité d'être expulsé du territoire français, ou, si l'expulsion est impossible, la perte de la liberté de se déplacer librement sur le territoire national : là encore, quoi de plus naturel que de se protéger des ennemis de la Nation, et de ne plus être contraint de subvenir à leurs besoins?

Il faudra, en plus de la loi sur la déchéance de nationalité, adapter et mettre à jour les règles du droit au séjour, du refus d'asile et de l'expulsion ou la reconduite des étrangers concernés.

Certains de ces effets peuvent être déjà résulter de condamnations sans déchéance de la nationalité, mais à titre temporaire,alors qu'une déchéance de nationalité n'a de sens que si elle est définitive. J'avoue que je ne verserai pas des ruisseaux de larmes d'attendrissement pour déplorer que ceux qui auront tenté de m'assassiner ou de vous assassiner ne seront plus mes compatriotes.

Qu'en conclure ? Tout ça pour ça ! Tempêtes médiatiques et politiques, des millions d'euros à dépenser pour réunir le Congrès, voire pour forcer par un référendum la volonté des opposants ? On a bien compris que le véritable objectif du pouvoir exécutif n'est ni éthique ni moralisateur. Il ne s'agit que d'une manoeuvre électoraliste du président de la République. Il était jusqu'à présent otage d'une frange minuscule de la Gauche, ou plutôt, il se faisait des cheveux à cause de plusieurs franges. Il peut enfin s'en libérer.Les dernières élections ont acté l'effondrement de leur poids électoral, leurs miettes de pourcentage ne suffisent plus pour faire un appoint suffisant au passage nouveau d'une majorité de Gauche (ça tombe bien, nul ne sait plus ce que signifient encore les mots Droite et Gauche, ce qui ouvre la voie à toutes les recompositions). Chacun voit bien que la bipolarisation de la vie politique française résultait de l'impératif de n'avoir que deux candidats en lice au second tout d'une élection présidentielle, chacun des deux s'appuyant sur un conglomérat de circonstance, la diversité ne peut s'exprimer qu'au premier tour de cette élection - et encore, les primaires visent à en réduire le champ - et aux autres élections. Le but du président est donc clair : il se dit qu'il y a plus de voix à récupérer en divisant la Droit et le Centre, en chassant une partie de leurs électeurs vers le Front National et l'autre vers.....lui-même) que de voix à perdre en larguant le Front de Gauche, les "frondeurs" du PS, et ceux des écologistes qui ne seront pas "hollando-compatibles". Nul n'est dupe : la Droite votera en grande partie la réforme proposée, les voix de la Droite permettront à F.Hollande de se glorifier d'une image de rassembleur finalement plus acceptable par une certaine Droite qu'un Sarkozy qui sera largué, soit qu'il appelle à voter pour, soit qu'il appelle à voter contre, soit qu'il appelle à voter "ni-ni"......En matière de cuisine électorale, François Hollande prouve son habileté tactique et peut concourir pour Masterchef. Chapeau (ou plutôt, toque!). Mais il ne s'agit là que d'intérêts partisans et personnels. Certes, tout le monde aspire à une recomposition des forces politiques dépassées et obsolètes - mais pas forcément celle que nous concocte notre maître-queux.... C'est donc pour sauver François Hollande et ce qu'il aura de fidèles ou de ralliés, que nous nous apprêtons à dépenser des millions d'euros. C'est un détournement. Mais pour ce qui est de se hausser au niveau de la réflexion sur les intérêts supérieurs de la Nation, notre classe politique en est manifestement encore incapable, faute d'un cataclysme qui la réveille. On pensait que les attentats et crimes de masse allaient amener cette classe à se ressaisir, voire à se dépasser, mais non, nos hommes politique sont indécrottables ! Ils restent désespérément au niveau des combinaisons d'appareil (qu'attendre d'autre, en particulier, d'un ancien apparatchik et secrétaire général du PS, que ce à quoi il a passé sa vie?) et sont incapables de se hisser au niveau des responsabilités qu'on leur a confiées.

Publié dans Politique - Humeur

Commenter cet article