Indécrottables !

Publié le par Raymond Lévy

République Française
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Eh bien, ça n'a pas duré longtemps ! Juste après que les électeurs eussent envoyé aux partis politiques un message très clair et brutal pour leur faire comprendre qu'ils étaient lassés de leurs jeux intimes, de leurs combines, de leurs cumuls, de leurs petits règlements de comptes entre partenaires, de leurs appétits insatiables de pouvoir, d'autorité et de fric, de leur prostitution, nous apprenons coup sur coup :

1°/que le président de l'Assemblée Nationale, battu aux élections des deux derniers dimanches, a voulu faire croire qu'il remettait en jeu son mandat présidentiel, le confiant non à l'Assemblée mais à son groupe parlementaire, en s'étant assuré que seuls ses partisans décideraient et le retiendraient, et se maintient à son poste alors qu'il a perdu tout pouvoir moral d'y rester. En français poli, ça s'appelle une bouffonnerie, et en français courant ça s'appelle se foutre de la gueule du peuple.

2°/que le président du parti "Les Républicains", dont le retour à la tête de son parti rebaptisé est un échec, initie un débat sur la ligne dudit parti, débat qui risque d'être atone par l'élimination des postes dirigeants de tout contestataire en puissance, de toute "grande gueule", et que Rachida Dati , ex-calamiteuse ministre du même Sarkozy, enfonce la première victime par des propos venimeux. Même si Nathalie Kosciusko-Morizet peut énerver par un petit côté "Marie-Chantal", et sans trop connaître le détail de ses propositions, je trouve démocratiquement illégitime le comportement de ses ennemis et méprisable l'étalage de leur vindicte.

Nous avons précédemment appris que M. Masseret, qui a refusé les consignes de la rue de Soldes-Férino lui ordonnant de retirer sa liste, et de solder les convictions de ses co-listiers, de la bataille en cours, vivait de revenus électifs et mandats divers depuis 1979 - soit depuis bien avant la naissance d'une grande partie des électeurs. Si le côté "irréductibles Gaulois" de son comportement était plutôt sympathique, l'aspect dinosaurien de sa carrière ne passe plus, car c'est exactement ce contre quoi les électeurs d'aujourd'hui se révoltent. Rassurons-nous, il reste sénateur.

En définitive, le bilan comportemental des homes et des femmes installées dans la politique au niveau national est minable. Ils auraient du mieux percevoir les réactions de leaders locaux qui ont refusé qu'ils viennent les "assister" ou plutôt les couler en tenant des meetings dans leurs régions.

Le seul donnant une leçon (inattendue?) de dignité aura été Xavier Bertrand, ancien ministre de Sarkozy, à la fois son rival potentiel aux futures primaires mais indirectement son représentant comme porte-drapeau régional de son parti, ce qui est un handicap. Il a tenu dimanche soir les propos que j'attendais jusqu'alors vainement de quelque homme politique (je cite de mémoire, on m'excusera s'ils ne sont pas littéralement exacts) :"Depuis trente ans, la classe politique - donc je fais partie - déclare avoir entendu le message des électeurs puis continue comme avant....". Cet aveu, cette prise de conscience l'honorent. Il a mis ses actes en accord avec ses propos, en renonçant à ses mandats de député et de maire. En outre, alors que d'autres considèrent qu'une victoire (voire même un échec!) dans la conquête d'une région les conforte dans leur course vers la présidence de la République, il a annoncé son retrait de ladite course et des primaires de la droite. L'homme se dit transformé par son vécu récent. Pour une fois, je crois un homme politique, qui jusqu'alors, de son propre aveu, ne s'était pas suffisamment distingué des autres.

C'est surtout une formidable gifle, dont personne ne semble en avoir encore mesuré la portée, à l'égard de la majorité indécrottable d'une classe politique dinosaurienne appelée à disparaître.

Publié dans Politique - Humeur

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