Schengen, un impérialisme

Publié le par Raymond Lévy

Serre de rapace dominateur
Serre de rapace dominateur

Un article du journal Ouest-France, passé inaperçu, du 16 décembre 2015 intitulé "Des gardes-frontières pour sauver Schengen", résume en quelques lignes les échecs récents de la politique dite de libre circulation, qui a succombé à l'afflux de migrants vers l'Europe. Plusieurs pays ont déjà rétabli des frontières au sein même de l'espace Schengen. Le président du Conseil Européen, Donald Tusk, s'alarme: "Sans contrôle effectif, Schengen ne survivra pas." L'agence Frontex ne fonctionne pas, faute d'effectifs suffisants et permanents. Le prétexte des technocrates bruxellois est tout trouvé, pour étendre leurs pouvoirs. Ils réclament de remplacer Frontex par un nouvel organisme, aux pouvoirs plus tendus, dont les compétences iraient du sauvetage en mer (pour la légitimer sentimentalement) à la reconduite d'immigrants expulsés (la belle blague, quand on voit déjà le peu de résultats obtenus par des pouvoirs nationaux plus motivés) en passant par l'analyse de risques. Tiens, je croyais qu'on avait déjà une structure diplomatique et des services de renseignement en charge d'une telle analyse ? Ah, vous faites bien de me le dire, nous répondra Bruxelles, on va internationaliser vos structures de défense nationale et de sécurité ! Bruxelles ne s'est pas aperçue que de plus en plus de pays européens portent par les urnes des mouvements souverainistes vers le pouvoir, ou une part du pouvoir. A moins que, justement, Bruxelles ne soit pris de peur devant les électeurs et ne veuille, après avoir imposé une solution rejetée par référendum, récidiver dans sa voie anti-démocratique de négation de l'autonomie des peuples, qu'elle rêve de fusionner malgré eux. A tout échec d'une politique de l'Europe, elle a sa solution invariable : plus d'Europe ! Jusqu'à l'overdose.

Cette agence européenne disposera d'experts, qui seraient déjà déjà en poste dans les pays membres et placés dans une "réserve opérationnelle" déployable en 72 heures. Un doux rêve !

En réalité, soit on nous demandera de vider nos polices nationales et autres organismes de leurs effectifs, qui seront siphonnés par cette agence, soit on imposera la présence sur notre sol et au mépris de notre souveraineté de policiers "européens", c'est à dire étrangers. Selon le journaliste (Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles), "la Commission a le pouvoir de décider seule et d'imposer la présence de gardes-frontières européens, même si un Etat membre ne l'a pas demandée".

Autrement dit, parce que l'industrie de l'Allemagne a besoin de bras sous-payés pour dominer nos pays handicapés par leurs niveaux de rémunération, et faute de pouvoir rétablir le S.T.O (Service du Travail Obligatoire), ses vues seront imposées à tous ses voisins par une organisation de technocrates non élus, contre la volonté des Etats récalcitrants, sans que leurs Parlements nationaux ne puissent s'y opposer. L'article précise que la France et l'Allemagne soutiennent ce projet : évidemment, nous aurions été étonnés qu'un exécutif français (dont un membre s'est fait apostropher d'un "monsieur le vice-chancelier" en plein Parlement européen, mais c'est une anecdote envers laquelle on peut marquer une certaine distance) manque une occasion d'abaisser notre pays, dans une véritable orgie de soumission et d'abdication. Je croyais que, pour assouvir leurs fantasmes de soumission masochiste, tous nos hommes politiques avaient les moyens financiers de recourir aux services d' Eros Centers....sans avoir besoin de les sublimer par la politique.

Implanter dans un pays souverain des forces de police étrangères, non soumises à l'autorité nationale, pour dicter à un pays sa politique et le déposséder de l'exécution de mesures d'autorité régalienne, ça porte deux noms : impérialisme et totalitarisme !

Nous laisserons aux exégètes le soin de déterminer s'il s'agit d'un impérialisme et d'un totalitarisme nazi, communiste, socialiste ou libéral-capitaliste : quand au vécu et au ressenti de

ceux qui les subissent, je n'y vois aucune différence de nature et ne me choque d'aucun amalgame. Le totalitarisme est un mal en soi, quelle que soit l'idéologie qui l'inspire !

Reste un détail à régler : comment reconnaîtra-t-on et habillera-t-on ces forces du désordre ?

L'Allemagne a imposé aux Länder les plus réticents de changer la couleur des tenues de ses policiers, au prétexte que les touristes sont habitués partout à voir des policiers en tenues bleues et à les identifier plus facilement ainsi. Les membres de cette néo-Frontex seront donc évidemment habillés en bleu. Mais du coup, il faudra les distinguer des policiers nationaux bleus (je précise, pour éviter toute dérive polémique, qu'il n'existe pas, à ma connaissance, de race bleue, on n'est jamais trop prudent). On les distinguera probablement par le port d'un brassard coloré. On ne pouvait pas, jusqu'à présent, réutiliser un modèle que je déteste, mais qui a eu sa notoriété : rouge avec un disque blanc et un machin noir au centre. Non par une réticence largement partagée, mais parce qu'il était couvert par un copyright. Comme ça tombe bien ! Son styliste étant mort à Berlin en avril 1945, les soixante-dix ans sont tout juste et fort opportunément écoulés, et l'Europe peut faire usage de ce symbole absolu du totalitarisme, qui vient de tomber dans le domaine public....

Publié dans Sécurité

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