Plan emploi : à côté !

Publié le par Raymond Lévy

La communication gouvernementale est particulièrement confuse, les commentaires le sont tout autant. La France a plusieurs millions de chômeurs, les chiffres varient selon qu'on considère les personnes totalement privées d'emploi, celles qui travaillent à temps partiel, et qu'on en retire ou non les personnes qui sont en stage (on parle péjorativement de stages parkings) ou en formation. Le gouvernement annonce un grandiose plan de lutte contre le chômage : ce n'est qu'une grandiose patouille. Certes, il y a quelques efforts, ne boudons pas, mais pas des efforts d'imagination. Les recettes sont celles qui ont échoué depuis trente ans (gouvernements de gauche et de droite confondus) : des emplois aidés, subventionnés par nos impôts, ce qui empêche de les baisser et de redonner un pouvoir d'achat aux consommateurs, un objectif proclamé de faire bénéficier 500.000 chômeurs d'une formation, pour qu'ils deviennent "employables", primes aux entreprises qui embauchent, allègement de charges sous condition....Plan pour l'emploi ! Non, ce n'est pas un plan pour l'emploi, c'est un plan pour le recrutement ce qui n'est pas la même chose.

Alléger les charges pour certains, c'est l'aveu implicite qu'elles sont trop lourdes pour tous. Il vaudrait mieux commencer par les alléger pour tous moyennement, plutôt que massivement pour quelques uns, alors que nous sommes (grande illusion) supposés vivre dans une société égalitaire, avec le dogme de l'égalité des citoyens devant les charges publiques.

Parlons de l'emploi. Nos énarques vivent selon le schéma intellectuel totalement stupide qu'on peut décréter l'emploi, ou le provoquer par des aides. C'est artificiel. Une entreprise emploie des hommes ou des femmes pour assumer les tâches nécessaires à son activité et (je me permets une grossièreté!) , à ses profits. Si elle en mauvaise situation financière, si elle n'espère pas de profits à court terme, si son activité est en baisse, elle ne va pas recruter. Le mot est clair : emploi. On ne recrute que des personnes dont on a l'emploi, personne ne recrute quelqu'un dont il n'a pas l'emploi. Un employé est employé à quelque chose : si dans la situation actuelle de l'agent économique, il n'a pas l'usage d'un employé, ou bien n'a pas les moyens de le payer à faire quelque chose, il ne recrute pas. Certes, il peut arriver qu'on recrute quelqu'un dont on n'a pas vraiment besoin, soit par erreur d'analyse, par optimisme excessif, soit pour assurer une situation ou une référence à un proche, mais c'est marginal. Un emploi, c'est un besoin, qu'un recrutement va satisfaire. Un recrutement ne se justifie que pour satisfaire un besoin. Dès lors, vous pouvez instituer toutes les aides que vous voulez, toutes les incitations fiscales ou autres que vous voulez, pour recruter, elles ne créeront pas d'emploi. Elles faciliteront ou déclencheront plus tôt un recrutement pour satisfaire un besoin existant, mais pour lequel l'entrepreneur, l'artisan ou le commerçant hésitait à se décider. Prenons un exemple caricatural : je suis célibataire sans enfant, je n'ai donc pas besoin d'une baby sitter. Vous aurez beau envoyer un orchestre sous ma fenêtre, m'adresser des fleurs, des bons de réduction sur les biberons, des lettres ou des discours, je ne recruterai pas une baby sitter dont je n'ai pas l'emploi (même en supposant que j'en aie les moyens financiers, ce qui ne me paraît pas être le cas), n'ayant pas de baby à faire garder.

Oh, le gouvernement va m'accuser de discrimination sexiste, parce que j'ai parlé d'une baby sitter, et non d'un baby sitter ! Ben oui, que voulez-vous, le seul moyen de me forcer à recruter la baby sitter serait de me persuader de faire le baby avec elle, ce qui n'est plus de mon âge, et

on ne peut faire un baby qu'avec une femme, avec un homme on ne sait pas faire ! Et préalablement, il faudrait que j'en ai envie, et ça, le gouvernement ne peut pas le décréter. Je le répète, l'emploi ne se décrète pas, et les dispositions préalables à l'emploi, c'est à dire une situation économique et un état d'esprit qui poussent à recruter, ne se décrètent pas non plus.

La croissance économique, l'investissement, les achats des consommateurs, ne se décrètent pas. Mais dans ce domaine, il y a de la marge pour l'incitation : pour inciter à recruter, il ne faut pas délivrer des primes, il faut faire naître une situation économique favorable qui crée des besoins et des ressources. Sur BFMTV, il y a deux jours, un chef d'entreprise déclarait :" Une prime de 2.000 € ne nous fera pas recruter quelqu'un, c'est un mois de salaire! Les autres mesures ne créeront pas d'emplois, elles feront seulement avancer des embauches que nous aurions faites de toute façon." Donc elles n'auront pas de résultat statistique notable. Or le président compte sur les statistiques pour tenter sa ré-élection.

Certes, il y a eu une tentative, peut-être méritoire mais fort coûteuse, d'alléger les charges des entreprises avec le C.I.C.E. Mais électoralement c'est fort mal ciblé, car ça ne concerne que les grosses entreprises, voire des organismes publics dit-on. Les électeurs (moi compris, je l'avoue) n'ont pas bien saisi de quoi il est question, n'étant pas tous chefs d'entreprises membres du CAC 40, ne se sentent pas concernés et ne voient pas ce que ça peut leur apporter. Ce sera peut-être utile, mais personne ne peut en juger, s'agissant d'un délice de technocrates, de fiscalistes et d'économistes, qui nous est inaccesible. Donc, rendement électoral nul, ou trop tardif par rapport à l'échéance présidentielle.

D'ailleurs, remarquons une faute stratégique majeure : les dispositifs vantés visent les grosses entreprises, celles qui, curieusement, au lieu de recruter, licencient massivement et ferment des usines ! Le Courrier Picard nous apprend que l'entreprise mère de l'usine Pentair, qui s'apprêtait à fermer cette usine et à licencier 132 ou 133 salariés, alors même qu'elle est parfaitement rentable et performante, avait touché une somme importante dans le cadre de .....l'aide à l'emploi ! Le député local, Stéphane Demilly, a eu le grand mérite de découvrir et faire connaître ce scandale.

Une meilleure stratégie consisterait à permettre aux petites entreprises de prospérer, voire de survivre. Or, ce que je constate autour de moi, c'est que les Français, des commerçants et des artisans, qui ont connu des années prospères, et qui ont des clients, ne vivent plus de leur travail : ils arrivent tout juste à payer l'employé qu'ils ont, quand ils en ont un, à payer leurs charges et leurs impôts, mais à la condition de ne pas s'accorder de revenus personnels pendant plusieurs mois de l'année ! Et quand ils ferment, ils ne trouvent pas de repreneurs. On a augmenté leurs charges, on les requiert de passer des heures infructueuses à remplir des paperasses ou des formulaires informatiques, si bien que même en augmentant leur chiffre d'affaires, ils n'atteignent plus le seuil de rentabilité. C'est vers eux que la stratégie devrait se diriger. Mais, de stratégie, notre président n'en a qu'une : réduire le chômage statistique, et non le chômage réel, en faisant changer les chômeurs de catégorie, par l'octroi d'une formation généralisée. Là, on part d'une analyse vraie, et on la pervertit : les offres d'emploi qui existent, ne sont pas satisfaites par la faute de l'inadaptation et du manque de formation de la main d'oeuvre, et il est de bonne guerre d'y remédier. Mais :

- ça concerne des emplois existants ou prévisibles, mais non pourvus : si on y remédie, on ne créera pas de nouveaux emplois, on pourvoira ceux qui attendent leurs titulaires......Certes, ce sera bon à prendre.

- ça ne sera pas une formation de six mois seulement qui rendra les intéressés "employables": il leur manquera l'expérience après leur formation. Cette expérience ne leur viendra que par des contrats d'intérim - et donc pas des emplois immédiatement durables - ou par des stages concrets en entreprise, pendant ou après leur formation. Les emplois durables ne leur seront proposés qu'après. O, on n e voit pas très bien comment les entreprises pourront offrir ces stages ou formations complémentaires, alors qu'elles acceptent déjà de moins en moins d'apprentis, dont, c'est intelligent!, on a rendu l'utilisation plus difficile. Exemple le plus couramment cité : comment ferez-vous monter sur un échafaudage un apprenti peintre sorti de son apprentissage sans que vous ayez jusqu'alors eu le droit de le faire monter sur une échelle ou sur une simple chaise?

L'emploi ne peut pas faire l'objet d'une politique autonome, indépendante d'une politique tout court. Tout miser dans la communication sur "l'inversion des courbes" (pulpeuses!) du chômage est une vison réduite et technocratique de la politique. N'attendre de cette politique qu'une amélioration des perspectives de carrière et de réélection du président est une vision étriquée et misérable, voire une trahison envers le pays. L'échec ne manquer pas de sanctionner ce grand spectacle. Et la situation globale de la France continuera de se détériorer....

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Philippe TELLIER 27/01/2016 16:24

Bonjour,
Au delà de la manœuvre malhonnête d'utiliser les fonds publiques pour se faire une pré-campagne électorale basée sur cette "foutue" inversion de la courbe du chômage promise (entre autres promesses d'ivrogne) par MOI Président, n'y a t'il pas un plan beaucoup plus large que seulement dans l’hexagone pour amener le chaos social en France et dans l'ue; la preuve en serait l'immigration de masse actuelle (et qui va empirer dans les mois à venir) et les déclarations du patronat, notamment Pierre Gattaz, président du MEDEF, principale organisation patronale de France, vient de publier dans les colonnes du Monde, le journal de son ami le milliardaire Pierre Bergé, une tribune intitulée «Les migrants sont un atout pour la France». Le plan ne serait-il pas de remplacer purement et simplement la main d’œuvre de l'ue, par une main d’œuvre de migrants à des salaires indécents? autre preuves, s'il en est, le massacre du code du travail.