NEXIT BREXIT

Publié le par Raymond lévy

Bon peuple de France, tu n'as pas le droit d'être informé. A la rigueur celui d'être désinformé. Les médias écrits, sonores et télévisés respectent ton repos pascal et tes vacances, ils en profitent surtout pour épargner, par une conspiration du silence, la noblesse de notre époque, les technocrates français et européens, dont les hérauts médiatiques s'égosillent à nous chanter "Europe! Europe!" du chant du coq au crépuscule. Mais il semble bien que l'Union Européenne, déesse aux charmes flétris, ne soit plus, comme le faisait écrire Montesquieu à l'un des ses épistoliers dans les "Lettres Persanes", "qu'une vieille idole qu'on encense par habitude". La pérennité des institutions européennes supra-nationales (traduisez: antinationales), la quiétude pontifiante de nos hiérarques européens et français, ne doivent pas être menacés par le retentissement qu'auraient des nouvelles révélant leur délitement, leur perte de crédibilité, et l'effondrement des dogmes légitimant leur totalitarisme béat.

On laisse filtrer, parce que leurs auteurs en sont des journalistes dont on peut encore difficilement étouffer la voix, les révélations sur la corruption connues sous le nom de "Panama Papers", on les commente en long et en large, nous laissant apprendre que certains font échapper des milliards d'euros ou de dollars aux finances publiques par des circuits bien discrets, tandis qu'on traque l'argent liquide du simple citoyen en tentant de le contraindre à régler toutes ses dépenses par des moyens laissant des traces : on saura que monsieur Duschmoll a une maladie de vessie pare que sa venue aura été enregistrée dans des toilettes payantes, mais on devra ignorer que d'autres ont des maladies morales affectant leur probité…..(heureusement la carte Monéo, censée remplacer la monnaie, a fait un flop). Probité : je leur demande humblement pardon d'utiliser dans mes écrits un mot qui leur est inconnu, et pour lequel ils éprouvent une difficulté manifeste de compréhension…..

Mais on étouffe la voix des peuples, on doit nous laisser ignorer ses manifestations, pour pouvoir en contourner le inconvénients sans révolte. Un traité européen est entré en vigueur bien qu'ayant été rejeté par un référendum des électeurs français. On s'apprête à rejouer la même musique. Les électeurs néerlandais ont dit Non à près de 64% le mercredi 6 avril à l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union Européenne. Le gouvernement néerlandais n'a pas procédé à cette consultation de gaieté de coeur : il y a été contraint par une pétition qui a réuni suffisamment de signatures pour l'y contraindre. Première illustration du fossé qui sépare, dans nos nos pays européens, les dirigeants institutionnels de leurs peuples respectifs. Aussitôt, pour minimiser ce résultat gênant, on allume un contre-feu : il ne s'agit que de 64% de 32% ou 33% de votants. Certes. mais nos gouvernants sont élus eux aussi avec une faible proportion de votants, ils ne peuvent donc pas délégitimer ce vote sans se délégitimer eux-mêmes, et cette proportion suffit selon les lois néerlandaises. Je précise bien que je parle de votes "néerlandais" et pas de votes "hollandais", car nous savons que François Hollande et ses partisans dits "hollandais" sont des dévots de l'Union Européenne sous sa forme actuelle, laquelle ne pourra perdurer.

"Il semble que les Néerlandais ont dit non à l'élite européenne et au traité avec l'Ukraine. C'est le début de la fin de l'UE", a réagi le député européen (aussitôt qualifié d'extrême droite pour le diaboliser, selon un mécanisme connu) Geert Wilders. Le journal "Le Monde" constate à regret que personne ne s'y est trompé à Bruxelles et à La Haye : l'écrasante victoire du non est une mauvaise nouvelle pour l'Europe. Mais il y a là un abus de langage : Le Monde confond l'Europe et ses institutions sous le même vocable et exprime une opinion discutable, car le retour de la libre expression des peuples est peut-être bien au contraire une excellente nouvelle pour l'Europe, tout en étant une mauvaise pour les dirigeants des instituions européennes sous leur forme actuelle, qu'il faudra bien changer. Ce même journal considère que ce vote fragilise la politique extérieure de l'UE envers la Russie. Tant mieux ! Les agriculteurs et les éleveurs français, qui crèvent à cause de la politique d'embargo de l'Union Européenne, ne se plaindront pas d'un changement.

Ce vote est incontestablement un test négatif pour l'Europe institutionnelle, à moins de cent jours du référendum sur le Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l'UE, dont Le Monde admet que son issue tétanise tous les pro-européens. pour l'anecdote, il paraît que les Pays-Bas assurent jusqu'à fin juin la présidence tournage de l'Union. Le président de la Commission avait prévenu en janvier qu'un Non pourrait conduire à une crise continentale : maintenant que ce Non est arrivé, avez-vous vu l'un de nos médias influents mentionner cette possible crise? En décembre 2015, les Danois se sont prononcés par référendum contre une coopération policière avec le reste des Européens. L'Union Européenne est en panne, elle n'assure pas, comme promis, la prospérité et la sécurité des citoyens européens. Beaucoup à Bruxelles, selon l'article du Monde, craignent que dans son état de fragilité, elle ne résiste pas à la déflagration d'un Brexit.

Tous les médias, à ce propos, oublient de préciser que l'Islande a retiré formellement sa candidature à l'Union Européenne. Celle-ci n'attire plus, ne promet plus, n'assure plus. Il est normal, dans ces conditions, que les peuples veuillent reprendre leurs affaires directement en mains. Le vote néerlandais n'est pas une sortie institutionnelle de l'Europe, mais il révèle un NEXIT de l'esprit qui peut préluder au BREXIT institutionnel.

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