L'immobilisme sans la dignité

Publié le par Raymond Lévy

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Pendant qu'Erdogan, "islamo-conservateur" mais surtout sunnite et dirigiste, détruit consciencieusement les couches intellectuelles, administratives et militaires de son pays pour le soumettre à sa volonté, dans un processus comparable à celui de Daech (qu'il soutient ou a soutenu), chacun des deux tentant de détruire toute opposition virtuelle ou réelle pour se donner un pouvoir sans limite, d'autres sunnites commettent presque chaque jour des attentats en Allemagne, en France et ailleurs, détournant l'attention des génocides culturels perpétrés par et pour Al Baghdadi et Recep Erdogan. On nous parle à jet continu de la menace musulmane, mais presque personne ne mentionne que les chiites, iraniens notamment, ont abandonné la voie du terrorisme ostensible, et depuis plus de huit jours ! Les Perses, les Iraniens, ont une longue histoire et ont pu mesurer les ravages économiques et la limitation de rayonnement dont ils ont payé leur longue agressivité contre les Etats-Unis d'Amérique. Depuis quelques années, ils s'efforcent de faire oublier (tout en utilisant la menace de capacités nucléaires comme monnaie de négociation) la prise d'otages à l'ambassade américaine et les années noires qui ont suivi. Les Américains, rancuniers, ont du mal à admettre qu'ils se sont peut-être trompés d'instruments et d'ennemis en voulant à tout prix (avec Israël d'ailleurs) utiliser les Sunnites et les soutenir contre l'URSS aussi bien que contre l'Iran et le Hezbollah dans la bande de Gaza, le Hezbollah ayant eu le grand tort et l'habileté de remplir le vide des services sociaux dans cette bande territoriale....L'Occident persiste à soutenir les Turcs (ne parlons pas des Palestiniens, ils ne sont plus rentables pour personne) et à soutenir de fait les "islamistes modérés", entendez les terroristes dont on croit qu'on peut diriger les coups contre les Syriens (et au besoin contre les Kurdes, qui embêtent ce gentil Erdogan). L'Occident américanisé pourrait s'interroger sur l'opportunité de maintenir ces alliances de fait, et se demander s'il ne serait pas temps d'équilibrer nos relations en cessant d'ignorer les musulmans chiites. Bien sûr, cela exaspèrera les terroristes sunnites qui voudront encore plus nous frapper, mais comme ils le font déjà, qu'avons-nous à y perdre ? Nos dirigeants sont-ils aptes à comprendre, à admettre, à piloter un quelconque changement de politique étrangère ? Nous avons déjà souligné la fossilisation de nos ministres des affaires étrangères Fabius et Ayrault. Valls, Hollande et ceux que je viens de nommer sont tout juste capables de psalmodier "Europe ! Europe !" quand elle se délite, et "Front National ! Le Pen !"quand l'électorat les délaisse, etquand la situation intérieure leur échappe. Les pseudo-leaders de gauche et de droite sont paralysés et incapables d'évoluer intellectuellement, s'accrochant tous à la prolongation de mesures qui ont fait leur temps et produit leurs effets dans les premières semaines de l'état d'urgence, s'empêtrant dans des querelles pichrocolines sur la déchéance de nationalité ou sur une "Loi Travail" dont ni les uns ni les autres ne savent plus ce qu'elle contient, ou s'apprêtant à liquider nos libertés pour avoir l'air de faire quelque chose pour nous protéger. Les petits chefs de droite clament qu'on a eu bien tort de ne pas voter pour un chef fou qui a supprimé des dizaines de milliers de policiers, gendarmes, militaires et agents de renseignements, lequel vient reprocher à son successeur, qui a continué sa politique, les conséquences de ses propres folies. Bien sûr, personne chez les Républicains ni chez les Socialistes (s'il en reste) ne parle de démissionner ou de renoncer à se présenter, pour assumer dignement l'évidence : tous ces morts à répétition signent l'échec de ce qui a été, ou n'a pas été , fait jusqu'à aujourd'hui. Plutôt que de changer d'attitude et d'avoir un peu de dignité, on s'étripe, on déplore, on parle de faire la guerre mais "la Drôle de Guerre", la guerre immobile (dont on regrette que le général allemand Guderian, avec quelques autres, y ait mis fin....), la guerre l'arme aux pieds, la guerre des discours qui font rire l'ennemi. On se prépare déjà à renouveler ses indignations et à honorer la mémoire des prochaines victimes. On se prépare aussi (ou bien on s'y résignera si on est incapable de s'y préparer) à opposer à la déferlante du mécontentement des électeurs et à la panique du premier tour, un front commun des caciques usés de l'ex-droite et de l'ex-gauche qu'on pourra appeler "Le Parti de l'Immobilisme". Car seules deux choses semblent solidement établies: pour notre aristocratie, rien ne doit changer, et pour notre peuple désabusé, "plus çà change plus c'est la même chose". Au moins, avec des gens qui ont tout raté, l'électeur peut être rassuré : tout continuera comme avant. Echecs et catastrophes confortent les bien pensants. Pourquoi changer ? Avec eux, on sait à quoi s'attendre, c'est rassurant, de pouvoir tabler sur le pire en refusant la lutte et le renouvellement.

Dans le confort de ses prébendes à préserver, notre aristocratie a un slogan de choc :

"'L'immobilisme est en marche, et rien ni personne ne l'arrêtera !"

Publié dans Politique - Humeur

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