Toilette à la Turque

Publié le par Raymond Lévy

Fanion de commandement de l'armée turque (wikipédia Commons)

La Turquie a connu récemment une tentative de coup d'Etat contre son Fuhrer Recep Tayip Erdogan, celui qui n'avait pas hésité à souhaiter pour son pays dans un discours mémorable un régime autoritaire comme celui de feu Adolf Hitler. Les personnalités politiques occidentales les plus en vue (Barack Obama, Angela Merkel) et même les moins en vue (un certain François Hollande notamment) ont volé au secours du rescapé en pontifiant qu'il était très vilain de s'attaquer à un dirigeant élu démocratiquement. Certes, de la part des militaires putschistes, bombarder le parlement de leur pays ne peut pas être considéré comme un signal démocratique fort. Pour autant, être parvenu au pouvoir par la voie des urnes est-il un sésame éternel et incorruptible, un sacrement sur lequel on ne peut revenir ? Rappelons que monsieur Adolf Hitler est devenu chancelier d'Allemagne par la voie électorale. Certes, il s'est permis ensuite de consolider sa majorité au Reichstag par l'arrestation des députés communistes et du SPD, lui permettant d'obtenir un parlement univoque à sa dévotion, ce qui ne constituait pas non plus un signal démocratique fort. Mais ce n'était là qu'une aimable broutille, comparée à la suite que tout le monde connaît. Cependant on ne peut s'empêcher de constater que R.T. Erdogan marche vaillamment sur les traces de cet inspirateur en arrêtant des milliers de militaires de tout grade - ça, encore, c'est une réaction compréhensible dans la mentalité orientale d'un chef menacé - mais aussi en faisant révoquer par un Haut Conseil des jUges et des Procureurs dont l'élection avait été visiblement trafiquée, des milliers de magistrats (bonjour l'indépendance de la Justice exigée par le Conseil de l'Europe et ce qui reste de l'UNion Européenne !) et emprisonner une grande partie d'entre eux, en révoquant des milliers de policiers et de fonctionnaires, ainsi que des universitaires. Certes, il peut espérer que cette grande "toilette à la Turque" lui amène le pouvoir hégémonique qu'il souhaite. Mais est-ce l'intérêt bien compris de son pays et le sien ? Que restera-t-il de l'influence de son pays, privé de ses élites et de tout rayonnement, privé des devises des touristes effrayés ? Est-ce l'intérêt de l'Occident ? On vole au secours du gouvernement turc parce qu'on voit dans la Turui un tampon protecteur contre les zones islamistes voisines, mais le gouvernement turc a fricoté avec Daech en lui laissant livrer des armes : Erdogan a d'ailleurs clamé et concrétisé sa haine des journalistes qui l'ont révélé. L'OTAN tient à l'armée turque, la plus puissante de la zone, pour couvrir son flanc sud-est. Mais cette armée purgée va se retrouver dans le même état que l'armée soviétique après les purges staliniennes et la disparition de Toukhatchevski, incapable d'endiguer l'agression allemande et même de la prévoir. Cette armée turque décapitée a-t-elle un intérêt pour nous ? Les U.S.A. s'inquiètent pour leurs bombes H stockées à Incirlik (selon le Courrier International). Nous illustrons une fois de plus et démontrons notre incroyable et naïve propension à nous abriter derrière des mots et des incantations, et à leur sacrifier la réalité de nos intérêts et de notre sécurité.

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