Pléthore

Publié le par Raymond Lévy

Que les citoyens français qui ne sont pas (ou pas encore) candidats aux primaires ou directement aux élections présidentielles se dénoncent ! Il ne doit plus en rester beaucoup, de ces mauvais citoyens qui n'osent pas faire une démarche devenue plus commune que d'aller acheter sa baguette chez le boulanger ou ses timbres à La Poste (mais comme les produits de notre enseignement ne savent plus écrire et ne rédigent donc plus de courrier, ma seconde comparaison n'est peut-être pas très pertinente). Quoi ! Vous osez vous dérober à cette attraction universelle, qui voudrait que vous vous vous précipitiez tous à cette levée en masse digne des Soldats de l'An II, pour apporter à la République le secours armé  de votre incompétence ? Quoi ! Vous osez résister à la mode qui frappe les foules et qui vous martèle comme un air de Rap : Ducon, soyez candidat, la République le veut, la République l'ordonne ! Pourtant, nulle armée d'émigrés, nul marquis de Bouillé, nul prince de Condé ou duc de Brunswick ne menace nos frontières, vu qu'elles sont ouvertes à tous vents, ni nos moulins à Valmy. Louis XVI déchu, en son morne palais de l'Elysée, n'attend pas la guillotine (on ne sait plus très bien qui est sa Marie-Antoinette vu qu'il en change, il en  en eut une appelée "Royal" sans "e" final, puis une "Valeureuse" trahie, la dernière s'appellerait Julie, si elle n'est déjà remplacée.....), car il est déjà politiquement mort et enterré.  Il ne souhaite pas un palais des Tuileries, car les tuiles, il les attire et estime en avoir été bien pourvu, et sa fuite ne se dirigera pas vers Varennes en Argonne, mais vers le département de la Corrèze.

Comme leur nom ne l'indique pas, je me dois de préciser à mes lecteurs que ces primaires ne sont pas des écoles, bien qu'une partie des candidats en vue fussent des enseignants, à commencer par le dernier en date, Vincent Peillon, qui a au moins le mérite d'être un enseignant ayant véritablement enseigné au cours de sa carrière (et même récemment), ce qui est exceptionnel pour un enseignant étiqueté de gauche. Ceux qui récusent ces primaires n'en sombrent pas moins parfois dans le ridicule, comme l'aristocrate Emmanuel Hillary Macron qui a donné le spectacle hilarant de hurlements supposés lui donner de faux airs de  Camille Desmoulins, d'un  Déroulède ou d'un  Jaurès.

Le rapport démographique écrasant en faveur des candidats bientôt plus nombreux que les votants me donne une idée, géniale naturellement : la masse des candidats potentiels, c'est à dire tous les politiciens de France et de Navarre, va désigner une commission ou une assemblée, qui élira un chef. Ah zut ! Ce système a déjà été essayé, ça s'appelait le Sénat, il élisait le président de la République à l'issue d'un show pitoyable encombré par des artistes de second plan tels Henri Queuille, qui ont tellement ridiculisé le système qu'on l'a supprimé et qu'on a institué une cinquième République (c'est même ce qui fait que les produits de notre Education Nationale savent compter jusqu'à cinq, après......! ).

Il va donc falloir nous résigner à subir le spectacle des candidats officiellement adoubés par des "primaires", à grands frais et grandes démonstrations, qui vont monopoliser nos journaux et nos écrans (les médias ont déjà fait leurs choix, mais les électeurs ont l'inconvenance de ne pas vouloir s'y conformer), pour finalement peut-être se fracasser contre ceux qu'on aura oubliés parce qu'ils ne se sont pas laissés piéger par les primaires, machines à éliminer les indésirables (qui, à droite et à la surprise générale, ont bien rempli ce rôle) ou par les machines médiatiques à tresser des couronnes  diaboliques pour leur faire jouer le rôle de repoussoir.

Le spectacle n'est pas, pour l'heure, de grande qualité, et le suspense est différé. Dormez, braves gens, il ne se passe rien.

Publié dans Politique - Humour

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