Incohérences et faux-semblants

Publié le par Raymond Lévy

Des politicien(ne)s rêvent de devenir président de la République, premier ministre ou ministre. En clair, ils veulent un poste à la tête de l'Etat. La "substantifique moelle" de l'Etat et sa vocation sont l'exercice de fonctions régaliennes. Les fonctions régaliennes : Justice, sécurité intérieure et extérieure, ordre public, consistent en gros à protéger les citoyens (et aussi d'ailleurs les non-citoyens qui se trouvent sur le territoire national). Depuis la troisième République, le Conseil d'Etat et les lois et règlements définissent l'ordre public par la sécurité, la tranquillité et la salubrité publique. Ce sont les fonctions de base d'un Etat. Redistribuer les revenus des Français, qui voudraient bien en profiter un peu avant qu'on les redistribue à d'autres, ne fait pas partie des fonctions normales d'un Etat, c'est une dérive. La "justice sociale" ne fait pas partie des taches prioritaires d'un Etat, qui y contribuerait mieux s'il assumait ses fonctions au lieu de s'en laisser distraire. La déclaration des droits de l'homme (au sens générique, bénéficiant aussi à la femme) autorise l'Etat à lever des impôts dans la stricte mesure de l'accomplissement de ses missions et de la satisfaction des besoins publics, et sous le contrôle - de plus en plus théorique - des citoyens et de la représentation nationale. Créer des emplois est une noble mission, mais ce n'est pas une mission fondamentale de l'Etat et constitutionnellement ce n'est pas pour ça que nous payons des impôts. Que l'Etat crée des emplois publics, c'est au contraire normal, dans la mesure où ces emplois satisfont des besoins publics correspondant à ses missions. Qu'il crée des emplois publics pour garnir des organismes destinés à soutenir l'économie, champ du privé, est déjà nettement moins tolérable. Qu'il crée des emplois privés avec des deniers publics par des subventions, des aides, des allègements de charge, des CICE, des "emplois jeunes", en affectant de surcroît des emplois d'agents publics pour gérer cette masse financière, est une ânerie ruineuse. C'est un détournement de l'argent public, celui des contribuables. En outre, rémunérer des fonctionnaires pour gérer des allègements de charge discriminatoires est bien moins efficace et plus parasite en temps de gestion des entrepreneurs, que d'alléger les charges pour tout le monde. Le problème se complique du fait qu'on a donné à des collectivités locales, notamment aux régions, des compétences pour vivifier l'économie : s'il est illégitime d'employer des fonctionnaires d'Etat en faveur, ou plus probablement en défaveur, de l'économie, on peut admettre qu'il soit plus légitime d'y affecter des fonctionnaires des collectivité locales. Mais à la base, est-il légitime de confier des responsabilités économiques à des autorités publiques ? En théorie, non. En pratique, si ça donne des résultats, on peut en discuter.

Tout ceci posé, arrivons en aux débats publics en cette période d'élections ou de pré-élections. Ne perdons donc pas de vue que tous les candidats veulent qu'on les appelle à régenter les fonctions de l'Etat, sus-rappelées. Comment l'Etat assure-t-il ces fonctions ? Il les fait assurer par des fonctionnaires et des magistrats. Quel est l'argument massue de nos candidats ? Ils veulent faire des économies en réduisant le nombre des fonctionnaires. Autrement dit, ils affichent une contradiction voire une escroquerie : ils nous font savoir qu'ils ne se donneront pas les moyens d'assurer les missions dont ils nous disent qu'ils seront plus capables que d'autres de les assurer. Ils sont donc incohérents. Le seul moyen de donner une cohérence à leurs promesses (qui selon la formule célèbre nous lient si nous les écoutons...) et à leurs programmes, consisterait à détecter et préciser quels sont les emplois publics qui ne concourent  pas aux missions publiques essentielles, auxquelles il faut revenir et se cantonner puisque nous n'avons déjà plus les moyens, et nous les aurons de moins en moins, d'en assumer d'autres. Pour faire un emprunt (non remboursable, ouf ! ) à la logorrhée à la mode, "il faut recentrer les fonctionnaires sur leur coeur de métier". On ne sait pas très bien ce que ça signifie, mais on sent confusément que c'est bien et que c'est dit pour susciter notre approbation....Les fonctionnaires d'Etat sont en nombre insuffisant pour assurer leurs missions de base, tout le monde le sait; les collectivité publiques, elles, on recruté (raisonnablement, c'est à voir). Donc il faudra recruter des fonctionnaires pour assurer ces missions fondamentales, ce qui rendra plus malaisé d'en réduire le nombre global, et il faudra absolument déterminer les branches et secteurs où il faudra retrancher. Or, aucun des candidats dominant l'espace médiatique ne nous le dit. Donc, aucun n'est crédible. Prenons le cas de François Fillon, pas forcément le plus pertinent,  mais le plus affiché : il proclame qu'il supprimera, s'il est élu, 500.000 fonctionnaires. Il les prend où? S'il ne nous le dit pas, on ne le croit pas. S'il nous le dit, il se met à dos les intéressés, donc en termes de rentabilité électorale il est acculé à la lâcheté de ne pas le dire, mais s'il ne le dit pas, il perd toute crédibilité : il s'est mis tout seul dans un piège redoutable. 

Et d'abord, avant de lancer des chiffres, ne pourrait-on pas nous donner la donnée de base pour toute discussion : combien y a-t-il de fonctionnaires en France ? L'Etat ne semble même pas capable de nous le dire. Comment discuter et comment évaluer la pertinence d'un programme, de F. FiIllon ou de tout autre, sans cela ? Nous aimerions bien savoir de quoi on nous parle !

 

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