Prévenances

Publié le par Raymond Lévy

J'entends dire et je lis que les électeurs ont montré une brutalité extraordinaire dans la purge des politiciens qui ont saturé leurs vies, et dans l'élimination des candidats, parachutés ou implantés. Je tiens à prendre la défense des votants. Ils se sont parfois montrés d'une extrême prévenance. Dans ma circonscription, un candidat sans étiquette ( la mode est pourtant aux AOP : "appellations d'origine protégée"...) écrit :"Je m'engage, si je suis élu, à respecter le non-cumul des mandats". Le corps électoral, pour le protéger de tout cas de conscience à venir, a décidé avec une extrême délicatesse de ne lui en confier aucun.  Dans le reste du territoire de la république, ce souci d'épargner aux postulants les soucis et les fatigues d'une députation a permis de tirer les conséquences de l'épuisement des candidats, mais surtout des électeurs, fatigués de voir sur les petits écrans et dans les journaux les bouilles et les trognes de ceux et celles qui les ont exaspérés depuis un quinquennat ou depuis plusieurs générations. Nos politiciens (des deux sexes) n'ont pas pris en compte le renouvellement des générations d'électeurs : une bonne moitié du corps électoral a vu se présenter des personnes qui avaient déjà des fonctions avant la naissance des électeurs, et dans une tendre sollicitude filiale leur a assuré le repos dont ils se refusaient à réaliser l'urgent besoin,  vu la gravité de leur état.

Toutefois, le président a protégé quelques revenants, en les intégrant à son gouvernement. Il est certes de l'intérêt de la science de préserver quelques spécimens curieux, encore vivants, représentatifs des espèces en voie de disparition. Le MODEM n'avait plus que "Pau" de valeur; son ralliement faisant bon effet, ses deux chefs de file (encore que la file parut réduite) ont été intégrés au gouvernement.  Mais la préservation de "trésors vivants" (pour leur donner un titre japonais)  du passé s'avère délicate, car le corps médical soupçonne qu'ils subissent les métastases tardives d'une maladie infantile qui fait des ravages de tous côtés dans la population politicienne : la greffe d'assistants parlementaires, qu'ils fussent du parlement européen ou des assemblées législatives nationales, produit, à la surprise des immunologues, des effets retardés de rejet des greffons qui risquent d'être mortels, alors que les Français pouvaient espérer des ministres parfaitement sains. Comment le docteur, pardon, l'agrégé, garde des sceaux parviendra-t-il à contrer une maladie qu'on craint auto-immune, en prescrivant un traitement ayant force de loi pour moraliser la vie publique, pardon, pour établir la confiance publique, selon son intitulé ? Le vaccin anti-rejet, pour être efficace, doit  être injecté de préférence dès le début de la vie politique, après ça risque d'être trop tard.....On a vu des vies politiques abrégées après l'apparition des mêmes symptômes. 

Publié dans Politique - Humour

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