Le mur des idées simplistes

Publié le par Raymond Lévy

Destination : le mur !
Destination : le mur !

Le Figaro en ligne nous apprend que les policiers chargés du service de la protection des hautes personnalités viennent d'obtenir (selon le syndicat UNSA Police, la Direction Générale de la Police Nationale indiquant que cette annonce est prématurée...) d'heures supplémentaires effectuées entre octobre 2013 et octobre 2005, ce qui leur permettra de pouvoir poser approximativement 2.300 heures de récupération chacun , soit un total de plus d'un million d'heures, sur leurs comptes épargne-temps respectifs, soit un total de plus d'un million d'heures. L'équivalent d'une année de congé. Problème : lesdits CET affichent déjà 1,5 million d'heures supplémentaires. Comment nos fonctionnaires vont-ils pouvoir les prendre ? Encore ne s'agit-il là que de ce qui est dû à un seul service.....Tous services confondus, l'ardoise se monterait à vingt-millions d'heures à récupérer. On voit là les effets catastrophiques de la réduction systématique des effectifs publics, idée simpliste supposée générer des économies miraculeuses, suivie en parfaite continuité par Nicolas Sarkozy, qui a ruiné notre pays, et François Hollande, qui malgré quelques gestes pré-électoraux, poursuit son oeuvre grandiose de destruction de l'Etat. L'un et l'autre vont dans le mur, il n'y a entre eux qu'une différence de style mais pas de doctrine : Nicolas Sarkozy fonce dans le mur en klaxonnant bruyamment et François Hollande fonce dans le mur en faisant "Pouëtt ! Pouëtt !", mais le mur est le même pour les deux. Ils ont, ont eu ou veulent avoir le même véhicule :le char de l'Etat. Tous deux doivent se voir retirer leur permis de le conduire, car nous en sommes les passagers écrabouillés. Toute les écuries politiques occupant actuellement l'attention médiatique sont victimes du syndrôme de l'idée apparemment simple, meilleur moyen d'arriver à des situations compliquées. Pour la gestion des hommes, la RGPP et la perte de vue de l'objet prioritaire et fondamental de la politique : les hommes et les femmes, bref le Peuple Français au nom duquel ces écuries (d'Augias) sont censées agir. On pourra se rapporter à mon récent article "Il n'y a plus d'hommes!" Combien il eût été plus simple et plus économique de conserver ou de recruter des effectifs de police et de gendarmerie dimensionnés selon leurs missions !

Autre exemple d'idée apparemment simple menant à une situation compliquée: la retenue de l'impôt sur le revenu à la source. C'est peut-être simple pour des salariés ou des fonctionnaires touchant un revenu fixe (et encore, faisons confiance à nos gouvernant s pour compliquer l'application d'une idée simple...), mais comment faire pour un commerçant ou un artison, qui a huit clients aujourd'hui, vingt hier et quinze demain? Le régime institutionnel de la France est un "mix" de monarchie temporaire élective et de dictature fiscale et sociale. Par le prélèvement à la source, le fisc aura la certitude que ses créances sont honorées par priorité avant celles de tout autre créancier. Si vous envisagiez de pratiquer une saisie-arrêt sur salaire, la somme que vous auriez pu saisir sera réduite de celle déjà prélevée par le fisc. Inversement, le citoyen pourra moins facilement s'endetter, puisque lui-même comme les organismes de prêt raisonneront sur des bases réduites de l'impôt....ce qui désavantagera les salariés, dont on connaît les ressources, par rapport aux autres citoyens, pour lesquels on est réduit aux évaluations...mais inversement pourra inciter ledit citoyen à prendre des risques financiers, puisqu'il n'aura plus à se soucier de savoir comment il paiera ses impôts. Il est clair que l'impôt sur le revenu est appelé à devenir la plus grande source de complexité de la société française, de sa vie économique, et ne permettra pas d'économiser du personnel fiscal, comme on pouvait le prévoir en chargeant les entreprises d'une nouvelle charge, puisqu'il en faudra davantage pour rapprocher les dates de perception de l'impôt des citoyens non salariés ou pensionnés, des dates de leurs rentrées et de la connaissance effective de leurs résultats qu'on ne connaissait jusqu'alors qu'à la fin de l'exercice fiscal, car on n'acceptera plus les inégalités résultant d'une année de différence brisant l'égalité des contribuables.

Ne parlons même pas du système social français de prélèvements et prestations, dont un sondage récent indique que des deux tiers à trois quarts des Français n'y comprennent rien, ce qui permet le règne de technocrates incontrôlés.

En matière publique, la simplicité affichée, si elle n'est pas dictée ou traduite par la clarté et la transparence (tant des buts poursuivis que des méthodes) se traduit toujours par une inextricable complication.

Publié dans Politique - Humeur

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