Sous le drapeau bleu (9) Check-points et dossiers d'armes

Publié le par Raymond Lévy

Insigne du KPS
Insigne du KPS

GJILAN, 24 août 2001 :

En allant à la Cour de District ce matin, j'ai vu au croisement des véhicules de police, des véhicules de la KFOR avec leurs mitrailleuses légères, des soldats en armes et des rubans jaunes marqués Police. J'ai cru qu'un crime venait de se commettre, mais je ne voyais rien d'autre que les soldats et les policiers, alors j'ai demandé à une dame du Kosovo Police Service (KPS) qui comprenait l'anglais. Elle m'a indiqué qu'il y avait peut-être une bombe dans la rue barrée. Je ne sais pas ce qu'il en est advenu, en tout cas pour l'instant je n'ai entendu aucune explosion....

Pour rester dans le même registre, on m'annonce que le président de la Cour constitue un "panel" sur une détention, et donc je reste dans son bureau avec lui et un juge local, celui qui m'avait accueilli à mon arrivée à Gjilan. L'acte d'accusation vient d'être fait contre des individus qui avaient deux grenades à main dans leur voiture, qui a été fouillée à un check-point de la KFOR. Nous prolongeons donc la détention pour une durée de deux mois (lorsque le procureur sort son acte d'accusation, c'est en quelque sorte lui qui renvoie devant le tribunal, et non le juge,une collégialité doit se prononcer sur le maintien en détention pour deux mois). Je précise que toutes les routes sont barrées par des check-points de la KFOR, qui est en mesure, en cas de besoin, d'interrompre la circulation sur les routes et les couper au moins tous les vin gt kilomètres. En fait, il y a d'autres check-points près de points sensibles, et cela forme un maillage assez serré.

Ensuite je fais une proposition au procureur pour mettre en liberté le suspect pour lequel j'ai fait mon transport hier, je vais voir le procureur avec une nouvelle interprète, Arlinda, et nous sommes d'accord. J'ai eu les photos hier soir et j'ai pu les lui montrer : c'était avec un appareil numérique, c'est très rapide. Je vais ensuite faire l'ordre de mise en liberté.

J'ai depuis hier un téléphone mobile opérationnel : nous sommes allés voir hier matin l'administrateur des télécommunications avec une lettre officielle, et avons bénéficié du dernier arrivage de cartes SIM. Hier soir à la terrasse d'un café, un jeune homme est passé proposer des cartes d'unités téléphoniques. Comme il faut faire une queue énorme pour les avoir, les jeunes se sont faits un commerce en assumant la corvée puis en revendant, évidemment au dessus du prix normal, ce qui arrange tout le monde. On gratte la carte, on trouve un numéro à 14 chiffres je crois, qu'on communique au centre de télécommunications qui vous crédite du nombre d'unités correspondantes, le crédit est annoncé en euros, après cela on peut jeter la carte, sauf si on connaît des collectionneurs (un collègue suisse l'a indiqué que son fils fait collection, si bien que la carte est maintenant sous enveloppe à son adresse). Je signale que les timbres sont en Deutsche Marks si on poste le courrier par la poste kosovare, mais si on les poste par la Poste aux Armées française, on met des timbres français.

GJILAN, 4 septembre 2001 :

Patrice de Charette vient d'être nommé président du Conseil Supérieur de la Magistrature du Kosovo.

Ici, nous passons notre temps (que nous n'avons d'ailleurs pas!) à recomposer et à retaper des "schedules of cases" (calendrier et rôles d'audience). J'hérite en outre de dossiers que je devrai présider et dont les détentions s'arrêtent en septembre ou en octobre, et mon agenda est plein jusqu'au delà...Le président m'a dit que je serai "presiding judge" avec des juges locaux, les avocats me demandent des dates, mais je n'an ai pas....et Cecilia, la procureure internationale, me parle d'un dossier d'armes avec des soldats devant quitter la Mission en octobre, les inculpés doivent être douze (je suis voué au chiffre douze, j'ai déjà un dossier d'armes avec douze inculpés, mais celui-là on l'a déjà programmé), et je n'aurai évidemment pas un jour pour l'ouvrir. Tout ce que j'en sais, c'est que c'est "le dossier de Kumanovo". L'autre, je l'avais au moins lu en diagonale pour la détention. Finalement, il s'avérera qu'il s'agit d'un seul et même dossier, que deux personnes différentes essayaient de programmer !

Je ne suis pas allé au Montenegro, dont revenait P. de Charette, mais j'ai fait une excursion à cheval à Janjevo (enclave croate), en montagne, avec des paysages extraordinaires.

Publié dans Justice

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